Mixité : où en est-on ?

Article le 13/02/2006 à 11h59 , modifié le 09/11/2006 à 17h23 0 commentaire

Grâce à la loi Génisson de 2001, relative à l'égalité professionnelle des hommes et des femmes, 30 000 entreprises de plus de 50 salariés sont sensibilisées à la mixité. Annie Ducellier, qui dirige le cabinet de conseil Isotélie, accompagne les entreprises vers l'égalité professionnelle et vers la mixité des emplois. Elle répond à nos questions.

Comment avez-vous été sensibilisée à la mixité dans l'entreprise ?
Je suis tombée dedans quand j'étais petite, car je suis rentrée à HEC la première année où l'école fut ouverte aux femmes. C'était en 1972, je trouvais qu'il était temps d'offrir les mêmes études aux hommes et aux femmes !

Comment avez-vous été sensibilisée à la mixité dans l'entreprise ?

Je suis tombée dedans quand j'étais petite, car je suis rentrée à HEC la première année où l'école fut ouverte aux femmes. C'était en 1972, je trouvais qu'il était temps d'offrir les mêmes études aux hommes et aux femmes !

Créer des quotas pour l'intégration des femmes en entreprises n'est-il pas dangereux ?
Le mot quota fait peur à bien du monde. Mais les entreprises parlent davantage d' " objectifs " à suivre. La parité, 50 % hommes 50 % femmes dans le milieu professionnel n'a pas de sens, il s'agit simplement d'y intégrer proportionnellement le même nombre d'hommes et de femmes qu'il y a dans les promotions. Les entreprises doivent être le reflet réaliste de la société.

Les choses évoluent-elles assez vite?
Ce n'est jamais linéaire, il y a des progrès et des reculs. Quand l'économie se porte bien, on avance, quand elle est plutôt sinistre, les dirigeants se replient sur eux-mêmes et la tendance est davantage conservatrice. Dernièrement, le président Chirac a souvent évoqué la mixité et l'importance de celle-ci. Avec la crise des banlieues, il a davantage parlé des minorités visibles que des femmes, mais le message est le même : il est nécessaire et urgent d'accepter l'autre, qui est différent et égal.

Où se situe la France par rapport à ses voisins européens ?
On a négocié plusieurs accords avec les partenaires sociaux. C'est une nouvelle étape, on a hâte d'observer les résultats. Les entreprises anglo-saxonnes implantées ici sont sensibilisées à la mixité depuis plus longtemps. La commission Européenne fait beaucoup en ce domaine, elle a notamment lancé un projet financé par le fond social Européen.

En France, beaucoup de femmes travaillent et ont plusieurs enfants, ce qui n'est pas le cas en Italie ou en Espagne, où elles sont beaucoup plus amenées à choisir entre famille ou carrière.
Comment les françaises réussissent-elles à mener une vie sur ces deux fronts ?
Cela s'explique d'abord grâce à l'école maternelle ouverte dès l'âge de 3 ans aux enfants. Puis le congé maternité y est très protégé, il y a peu d'abus des entreprises envers les femmes qui le prennent.

Vous donnez de nombreuses conférences sur le sujet de la mixité. Les hommes se sentent-ils concernés par ce thème ?
Oui, étonnamment ils le sont autant que les femmes ! Ils ne connaissent pas, ou peu, ce problème, ils le découvrent donc avec une grande curiosité. Les femmes doivent apprendre à créer une distanciation entre ce qu'elles vivent et la mixité dans son ensemble. Il est parfois plus facile d'apprendre des choses à quelqu'un qui ne s'est jamais posé de questions plutôt qu'à quelqu'un qui croit savoir !

Témoignages
" Lorsque j'ai pris la responsabilité de l'Agence Grands Comptes, c'était la première fois qu'une femme parvenait à ce poste. Notre Agence assurait 20 % du chiffre d'affaires de notre Direction Commerciale et les yeux étaient fixés sur nous en permanence. Mes 4 collaborateurs directs étaient des hommes, tous plus âgés et plus expérimentés que moi. Lors de ma première réunion hebdomadaire avec cette équipe, ils avaient écrit sur le tableau de mon bureau : " 80 ans d'expérience te contemplent "... L'accueil était rude ! Un an après, le travail réalisé ensemble en avait fait mes plus fervents supporters auprès de la Direction. Tous ont depuis accueilli des femmes dans leurs équipes et reconnu qu'une ambiance mixte était beaucoup plus agréable et efficace que le milieu composé uniquement d'hommes qu'ils connaissaient depuis 20 ans. "
Catherine, directrice d'agence commerciale 
(Extrait de La mixité, un atout pour l'entreprise)

" J'ai commencé à travailler en 2002, et je suis certaine que je dois mon embauche à la loi Génisson ! En effet, je postulais pour un poste de consultante dans le milieu du bâtiment et il y avait une écrasante majorité d'hommes. J'avais appris par hasard que mon principal concurrent était un homme, et j'ai reçu une semaine après mon troisième entretien, une lettre qui m'annonçait que je n'avais pas été choisie. Deux semaines plus tard, le directeur des ressources humaines m'appelait et me demandait si j'étais toujours disponible, car " des changements avaient eu lieu dans le département " et ils n'avaient pu engager leur premier choix. J'ai accepté leur proposition même si j'étais un peu vexée de n'être qu'une deuxième option ! Ça n'a jamais été clairement exprimé mais j'ai su qu'ils avaient dû engager une femme. "
Lise, consultante

 
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