Véronique Morali : "les femmes sont les premières victimes de la crise"

Article par , le 19/10/2012 à 16h02 , modifié le 19/10/2012 à 16h46 0 commentaire

A l'occasion de la 9e édition du Women's Forum qui s'est déroulé du 10 au 12 octobre à Deauville, Véronique Morali, présidente de Fimalac Développement et éditeur du site web TerraFemina a répondu à nos questions.

Quelle est la finalité du Women's Forum qui s'est tenu pour la 8ème année ?
Le Women's Forum dont la 8ème édition vient de s'achever est une plateforme internationale de réflexion et de débats, un lieu d'échanges et de partage d'expériences autour des principaux enjeux économiques et sociaux mondiaux comme la croissance, le printemps arabe, les défis du monde contemporain. Alors que d'habitude, peu de femmes prennent la parole lors des grands forums internationaux, ces trois jours leur sont dédiés.

Le thème de la croissance 360° était le fil rouge de cette année. Quel rôle et quelles actions les femmes peuvent-elles mettre en œuvre dans ce sens ?
La crise financière de 2008 a créé plus qu'une récession financière. Elle a suscité des doutes concernant les critères de croissance sur lesquels nos économies reposent. Les participantes du Women's forum se sont donc interrogées sur la croissance dans tous ses états en explorant les potentialités de nouveaux modèles économiques pour assurer prospérité et bien-être qui s'offrent dans un monde économique de plus en plus multipolaire.

Les femmes jouent un rôle majeur dans l'économie mondiale. Elles sont des agents de la transformation, des acteurs du changement, des formidables leviers de croissance qui contribuent à stimuler la croissance. Selon les études de la Banque Mondiale, la participation croissante des femmes dans la population active a joué un rôle clé dans la réduction de la pauvreté dans différentes régions du globe, en Amérique Latine ou en Afrique Subsaharienne par exemple.

Par ailleurs, de nombreuses études internationales par Mc Kinsey & Company, Boston Consulting Group, Catalyst, démontrent que plus de femmes à des postes de cadres de haut rang et aux postes intermédiaires de middle-management améliorent l´innovation et la performance économique des entreprises.

Les femmes doivent continuer à s'entraider et donner du courage aux autres femmes en ces temps de crise, pour qu´elles construisent elles-mêmes leurs îlots de créativité individuelle. Il faut libérer le potentiel des femmes, et leur pouvoir d'action dans l'économie. Nous devons développer l'entrepreneuriat au féminin sous toutes ces formes, favoriser l'innovation et la création de PME et ETI.

La vision des femmes pour une croissance 360 °passe aussi par le rôle majeur de l'éducation et de la formation, et une meilleure coopération. On ne sait combien de temps va durer la crise, mais un message est venu de Deauville: les femmes sont déterminées à y faire face avec beaucoup d‘énergie.

Quelles capacités différencient les femmes des hommes dans le contexte social et économique actuel ?
Les femmes sont les premières à subir les conséquences de la crise économique en étant davantage exposées à la précarité de l'emploi, au licenciement, à la pauvreté et aux mesures de protection sociale. Cependant malgré cela plusieurs études ont par ailleurs démontré que les femmes ont une meilleure capacité à gérer le risque, et résistent mieux psychologiquement aux crises économiques.

Le Women's Forum possède une vraie dimension internationale. Comment les femmes peuvent-elles trouver une dynamique commune, tout en tenant compte des disparités économiques locales ?
L'éducation et la formation sont une véritable dynamique commune, dans toutes les régions du monde. Il ne s'agit pas seulement des petites filles et des jeunes filles mais aussi d'une meilleure éducation des garçons. L'égalité homme femme doit s'apprendre à tous les âges.

L'éducation est l'instrument N°1 de réduction de la pauvreté, facteur favorable à l'accélération de la croissance. L'émancipation économique et sociale des femmes et la promotion de la parité des sexes sont deux conditions essentielles à l'avènement d'un développement durable.

Vous cumulez plusieurs casquettes et mandats avec toujours au centre de vos préoccupations, les femmes. Quel regard portez-vous sur la parité et la place des femmes dans notre société ?
Les femmes sont les moteurs de nos sociétés, la place des femmes est primordiale plus aujourd'hui que jamais. Je rejoins la déclaration d'Hillary Clinton lors de sa venue au Pérou, l'amélioration du statut des femmes dans le monde est "la grande tâche de notre temps".

Concernant la parité au sein des entreprises en France et en Europe, l'objectif reste lointain même si des améliorations se dessinent. En France, l'inégalité salariale reste criante, avec une différence moyenne de 20% entre les salaires des hommes et des femmes. La parité, qui a connu certaines avancées - encore fragiles - dans les espaces politiques, mais aussi au sein des entreprises avec l'instauration de la loi des quotas qui prévoit, en 2017, 40% de femmes dans les conseils d'administration, a permis de déjà passer de moins de 10% à plus de 23%. Les sociétés françaises du CAC 40, du SBF 120 commencent à s'emparer du sujet.

En Europe, 90% des comités de direction sont exclusivement masculins...Ou bien vingt-trois hommes, zéro femme à la tête de la BCE. Des initiatives sont menées pour l'avancement des femmes grâce à des regroupements de Présidents et Directeurs Généraux de grandes entreprises internationales tels que CEO Champions, initiative du Women's Forum, ou le travail de Viviane Reding, vice-présidente de la Commission Européenne et son projet de directive (loi européenne) qui prévoit d'imposer d'ici 2020 40% de femmes au moins dans les conseils d'administration des sociétés cotées.

Mais la parité - ou diversité - doit bien évidemment être le résultat a posteriori de la reconnaissance de ce que chacun a "fait", et non un a priori, au nom de ce que chacun "est".

Selon vous, pourquoi les femmes osent-elles moins prendre des risques et se mettre sur le devant de la scène politique ou économique ?
Tout d'abord par manque d'opportunité. Regardez le nombre de femmes députés, elles ne représentent qu'un tiers de députés, un grand écart existe encore dans la parité homme femme en politique. Enfin, par manque de rôles modèles. Mais les choses évoluent, regardez la parité homme femme au sein du gouvernement français actuel, Christine Lagarde à la tête du FMI, de Dominique Reiniche, Présidente Europe de The Coca Cola Company, ou Clara Geymard, Présidente de GE, listées dans le classement mondial des 50 femmes les plus puissantes du monde des affaires par Fortune ou CNN.

Quelles sont les opportunités qui s'offrent aux femmes prêtes à prendre des responsabilités aujourd'hui ?
Elles sont nombreuses. D'un point de vue personnel, elles développent leur leadership et leurs prises de décision. Elles favorisent par ailleurs l'avancement des femmes à des postes de hautes responsabilités en montrant l'exemple à d'autres femmes ou elles jouent un rôle modèle.

Et pour celles qui sont en bas de l'échelle, et souvent parmi les premières victimes de la crise, quelle est l'alternative ?
L'avenir de ces femmes est porté par trois moteurs : la confiance en soi, l'action et la solidarité. La confiance en soi et dans l'avenir, malgré ce contexte incertain et angoissant. L'action car on n'a jamais rien trouvé de mieux que l'engagement concret et gratifiant. Savoir provoquer sa chance, mieux cibler ses compétences, s'ouvrir à de nouveaux horizons professionnels... Et la solidarité, savoir demander de l'aide, ne pas rester seule et isolée car l'on progresse mieux ensemble que toute seule.

Les femmes sont-elles "égales" aux hommes dans leur capacité à prendre des responsabilités, des décisions, à manager ou gérer des situations de crise ?
Que l'on soit un homme ou une femme, les principes de management sont plus ou moins les mêmes. Les femmes tendent sans doute plus souvent à adopter des modes de leadership davantage axés sur le développement des autres, l'attente et la reconnaissance et la prise de décisions participatives. Elles ont des façons différentes de fédérer les équipes autour d´un projet professionnel, de préparer les équipes à certaines situations de crise avec plus de douceur, ou de gérer la relation avec les clients...

Vous êtes une femme qui occupe des postes à hautes responsabilités, mais vous êtes aussi une compagne et une mère. Comment avez-vous réussi à concilier ces rôles et à trouver un équilibre ?
En avançant sans me poser trop de questions finalement et en suivant mon intuition. J'ai eu la chance d'avoir pu être aidée, d'avoir pu bénéficier d'une solide organisation à la maison. Je n'ai d'ailleurs jamais réfléchi en me culpabilisant aux relations avec mes filles. Il n'y a pas de recette magique ! C'est certes du stress à gérer, mais cela demande une grande détermination.

La question du choix de vie n'est-il pas plus difficile pour les femmes que pour les hommes ? Quel ressort les femmes peuvent-elles trouver pour éviter tout sentiment de culpabilité ?
Cela me rappelle le débat de l'été et de cet automne suite à l'article de Anne-Marie Slaughter aux Etats-Unis "pourquoi les femmes ne peuvent pas tout avoir".

Oui les femmes peuvent tout avoir, elles peuvent assumer et concilier vie personnelle et vie professionnelle. Pour éviter tout sentiment de culpabilité, elles doivent avoir une plus grande confiance en elles-mêmes et en leurs capacités. Elles doivent ainsi prendre conscience des autolimitations qu'elles s'imposent. Il est important aussi d'être partie prenante de réseaux qui favorisent le partage d'échanges, de rencontres, d'opportunités. Cela passe bien évidemment par une meilleure coopération avec les hommes, comme un meilleur partage des tâches dans le foyer par exemple.

 
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