Les médecins et la grippe A : Le Dr Carole Fradet témoigne

Article par Aude-Claire ABOUCAYA , le 08/10/2009 à 16h41 , modifié le 09/10/2009 à 00h16 0 commentaire

En dépit de la campagne d'information massive dans les médias, les patients ne semblent toujours pas prêts à observer les gestes préventifs préconisés. L'expérience du Dr Carole Fradet exerçant à Paris vous aide à mieux comprendre le quotidien du généraliste et les réflexes à avoir.



Comment recevez-vous les patients à risque ?

J'établis d'abord un premier diagnostic par téléphone en prenant connaissance de la température du patient. Si elle est significative (39 ou 40° Celsius), je tente d'évaluer sa tolérance à la fièvre. En fonction des informations récoltées, je planifie un rendez-vous de manière à ce que le patient n'attende pas au cabinet. Si les symptômes sont très proches de ceux de la grippe H1N1, je demande au malade de me prévenir avant son arrivée afin de lui donner un masque. Je limite les risques de contamination dans ma salle d'attente car je ne reçois que sur rendez-vous et évite de mêler patients classiques et patients à risque sur des plages horaires identiques. En revanche, le cabinet ne met pas les masques en libre service, car très vite, à l'instar des gels hydro-alcooliques, ça devient un jeu. Et notre stock n'est pas une source intarissable.

Quelles dispositions avez-vous prises à l'égard des patients négligents ?
J'ai affiché une note d'information sur la porte d'entrée. Pour éviter que mes consignes échappent à la vigilance des patients, la note a également été affichée sur la porte de la salle d'attente et à l'intérieur. Cette note s'adresse aux patients qui présente des symptômes grippaux (fièvre, courbatures, maux de tête...) et les exhorte à frapper à la porte du cabinet pour réclamer un masque avant de pénétrer dans la salle d'attente. Il m'est néanmoins arrivé de retrouver un patient à risque avec lequel j'avais échangé par téléphone qui n'avait pas suivi la consigne. J'avais heureusement planifié sa venue sur une plage horaire où il était seul...


Avez-vous noté un comportement plus "responsable" de la part de vos patients ?
Dans l'ensemble oui. Même si j'ai eu quelques surprises notamment au début du mois de septembre, lorsque j'ai repris la consultation libre de mon associé durant ses congés. Sans crier gare, un patient est arrivé en déclarant : "je crois que j'ai la grippe H1N1". On ne peut désormais plus ignorer la campagne de prévention depuis maintenant 3 mois et les consignes à suivre en cas de doute. Sans parler des malades diagnostiqués comme étant vraiment à risque, à qui l'on recommande de porter un masque et qui s'esclaffent : "je dois vraiment le porter dans la rue ?". En général, ce sont des gens qui ont peur d'être regardés comme des pestiférés alors qu'au contraire, ils sont protégés et préservent les autres en adoptant une attitude responsable. Mais il est vrai que lorsque l'on porte un masque, les réflexions des gens que l'on croise dans la rue fusent. De chaque côté, les gens doivent faire des efforts pour vivre en bonne intelligence.

Quelles précautions prenez-vous pour vous protéger ?
Je privilégie le lavage régulier de mes mains au gel hydro-alcoolique après chaque visite et le port du masque le plus souvent possible. Mais l'avoir en permanence sur le visage est un peu pénible. Au bout de 3 heures, j'ai du mal à respirer. Autre consigne difficile à respecter : la distance de sécurité (plus de 2 mètres) entre le praticien et le malade. Un précepte compliqué à mettre en pratique quand on doit examiner un patient.

Avez-vous reçu le kit de protection distribué par le gouvernement ?
Je dispose effectivement de mon kit de composé d'un masque FFP2 et de lunettes de protection, dont je ne me sers pas car je porte des lunettes de vue. J'ai, par ailleurs, reçu la lettre du Conseil national de l'Ordre des médecins, au mois de juillet, m'exhortant à aller chercher dans l'un des 4 centres parisiens le lot de masques auquel chaque médecin a droit. Ce lot n'a été rendu disponible qu'en août et il ne s'agit que d'une trentaine de masques FFP2 et de 50 masques chirurgicaux. J'approvisionne donc mon stock sur mon budget personnel.

Avez-vous pu établir des statistiques liées aux malades depuis le début de l'épidémie ?
Je n'ai eu qu'un seul cas avéré de grippe A. Il s'agissait d'une future maman et avant de lui administrer un traitement préventif, je voulais être sûre de mon diagnostic. J'ai donc prescrit un prélèvement naso-pharyngé à effectuer en milieu hospitalier. Je reçois en moyenne une centaine de patients et depuis le début de l'épidémie, je n'ai eu des doutes que sur 3 patients. Je dois avouer que le nombre de mes consultations n'a pas beaucoup augmenté. En revanche, je reçois beaucoup de patients souffrant de grosses rhino-pharyngites avec des maux de gorge importants, mais sans fièvre.

Etes-vous prête à vous faire vacciner ?
J'ai choisi de jouer le jeu de la protection maximale, et je suis donc plutôt favorable à la vaccination afin de protéger mes patients et ma famille. Je n'ai aucune inquiétude quant à la fabrication du vaccin qui, certes, a été réalisée rapidement, mais sera, sans aucun doute, efficace. Il est certain qu'un vaccin, loin d'être de l'eau distillée, peut avoir des effets secondaires. Mais je suis convaincue que les risques restent minimes.

 
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