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Elsa, "mon partenaire m'a caché sa séropositivité"

Article par Laurence BOURDOULEIX , le 28/11/2006 à 16h15 , modifié le 11/07/2007 à 17h08 2 commentaires

Elsa, 33 ans, a été contaminée par son partenaire il y a 11 ans. Après plus de deux ans de vie commune, alors qu'elle se croyait en toute sécurité avec lui, ils décident de ne plus se protéger, sans toutefois faire un test. Elle nous raconte l'annonce de la maladie, son lourd traitement, l'avenir... Un témoignage emprunt d'une grande émotion qui force l'admiration.
Illustration - Archives

Contaminée par son amoureux
" J'ai été contaminée en 1995, j'avais 22 ans. Pendant plus de deux ans et demi, nous avons utilisé des préservatifs. Puis, me sentant en confiance, j'ai accepté de ne plus en mettre, sans pour autant faire le test. Avec le recul, je me dis que son comportement aurait peut-être dû m'alerter. Il faisait beaucoup de sport, utilisait des anabolisants et je savais qu'il y avait des échanges de seringues.
Un jour, j'ai eu un retard de règles important. J'ai consulté mon médecin. Comme je désirais cette éventuelle grossesse, il m'a prescrit un bilan sanguin avec notamment le test VIH. J'ai accepté sans aucune inquiétude. Dix jours après, il m'a appris que je n'étais pas enceinte, mais que le test était positif. Ce fut très violent pour moi. Sur le moment, j'ai perdu l'usage de la parole. C'était comme si j'étais étrangère à moi-même. Cela ne me concernait pas, ça ne pouvait pas m'arriver.
Quand je l'ai dit à mon ami, il m'a confirmé qu'il se savait porteur du virus. Comment avait-il pu ne rien me dire ? Aucun dialogue n'a été possible par la suite. J'étais anéantie. Il m'a même dit que j'aurais dû m'y attendre. Il avait l'air de s'en moquer totalement. Pour lui c'était le destin. Notre histoire s'est arrêtée instantanément. "

Elsa a souhaité sa mort 
" Sur le moment, j'ai souhaité sa mort. Comment accepter un tel comportement ? Comment avais-je pu me tromper à ce point sur notre histoire d'amour ? Onze ans après, je lui en veux encore, mes blessures sont encore vives. J'ai mis du temps à l'annoncer à ma famille et à mon entourage. Même si j'ai la chance d'avoir une famille où l'on se parle, ça n'était jamais le bon moment. En leur disant, j'avais le sentiment de les contaminer à mon tour, de leur infliger ma douleur.
Après cette terrible découverte, l'image de la mort était présente au quotidien. Je me voyais mourir dans d'atroces souffrances. Ma vie était fichue, je n'avais plus d'avenir. J'avais terriblement peur des réactions des autres, j'ai d'ailleurs perdu des amis. "


Se résoudre à vivre avec
" J'ai eu la chance, si je peux dire, qu'au moment où le diagnostic a été posé, ma contamination remontait à peu de temps, peut-être trois mois. J'ai pu être soignée rapidement. Onze ans après, la maladie n'est toujours pas déclarée.
Même si je suis célibataire en ce moment, j'ai une vie sentimentale. J'ai eu des amours qui ont tenu la route. Quand je rencontre un homme, je l'informe bien évidemment tout de suite. Le VIH fait partie de ma vie et comme je connais le sujet par cœur, les choses semblent plus simples à accepter pour l'autre. Je suis aussi capable de comprendre qu'un homme me rejette à cause de la maladie. Quelque part ma séropositivité m'a donné une certaine force.
Le traitement est lourd avec des effets secondaires, qui restent supportables. Mais je me dois de respecter une excellente hygiène de vie. Le plus difficile à supporter pour moi est la lipodystrophie (ndlr : anomalie de la répartition du tissu adipeux corporel due aux médicaments). Mon corps a changé, je ne l'aime plus. Je n'arrive pas à passer outre, parfois je vais jusqu'à le comparer à un déchet. Heureusement au gré de mes rencontres amoureuses, j'arrive parfois à l'accepter grâce au regard d'un homme. Cela demeure un gros combat pour moi. "

L'avenir
" Aujourd'hui, je n'ai pas peur que le sida se déclare. Je ne pense plus à la mort. Je me projette dans l'avenir et je me vois vieille. Toutefois, il m'arrive quand même de ressentir le besoin de consulter un psychiatre, lorsque je me sens vulnérable. Mais j'essaie de dominer mes inquiétudes, je dois m'en sortir seule. J'aspire à une vie la plus normale possible. J'ai un travail qui me plait, et j'ai très envie de devenir maman. Mon entourage n'y est pas très favorable, il craint pour ma santé. Cela reste un projet bien ancré dans ma tête. J'espère le concrétiser un jour.
Même si, aujourd'hui, je vis relativement bien malgré la présence du virus dans mon corps, je voudrais qu'à travers mon témoignage les gens comprennent que l'on peut prévenir la contamination. Il faut continuer à se protéger en mettant des préservatifs tant que l'on n'est pas sûr de l'autre et surtout tant qu'on n'a pas fait le test. C'est trop important. "µ

A lire : 
Vivre avec le VIH 
De Rommel Mendès-Leite et Maks Banens
Editions Calmann-Lévy - 19 €
Les auteurs donnent la parole à une cinquantaine d'hommes et de femmes porteurs du VIH. Des parcours de vie émouvants.

Pour plus de renseignements sur la Journée mondiale du sida et sur l'association Sidaction, cliquez ici. 

 
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VOS RÉACTIONS

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  • free79, le 20/04/2013 à 12h40 : Elsa,te souhaite beaucoup de courage..ton histoire ressemble beaucoup a la mienne ..je suis libanaise et dans notre communauté c'est 10 fois plus dur qu'on t'accepte.. mais je pense qu'on vit mieux la chose une fois qu'on l'accepte..
  • free79, le 20/04/2013 à 12h34 : Hi

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