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Avortements clandestins : un livre pour ne pas oublier

Article par Laurence BOURDOULEIX , le 05/03/2008 à 11h41 , modifié le 05/03/2008 à 11h51 0 commentaire

A l'occasion des trente ans de la loi Veil, Xavière Gautier publiait un livre bouleversant sur l'avortement clandestin. A travers de nombreux témoignages, "Paroles d'avortées" nous rappelle ce que toutes les femmes vivaient avant d'avoir le droit de maîtriser leur fécondité, et ce que certaines vivent encore.

Révolte, écœurement, horreur... La lecture de « Paroles d'avortées » ne peut pas laisser indifférente lorsqu'on découvre ce que certaines femmes ont vécu, il n'y a pas si longtemps.
Merci Madame Veil, avons-nous envie de dire. Où en serions-nous si la ministre de la Santé de l'époque n'avait pas osé aller au bout de son projet, affronter et subir toute la haine et la violence de ses opposants et de ses détracteurs ?
Comment des hommes, en l'occurrence des médecins, ont-ils pu laisser souffrir, se vider de leur sang, voire mourir dans d'atroces souffrances et dans la solitude autant de femmes dans la détresse ? Tout simplement parce qu'elles ne désiraient pas devenir mère, à un moment précis de leur vie !
Ces femmes courageuses ont pris d'énormes risques en provoquant des fausses couches avec ce qu'elles avaient sous la main : queue de persil, fil électrique ou autres ustensiles à l'hygiène plus que douteuse. L'introduction de ceux-ci dans l'utérus déclenchait des saignements puis l'avortement. C'était l'hémorragie pour la plupart, et pour certaines une perforation de l'utérus et une septicémie.
Ensuite, elles étaient obligées de se rendre en urgence à l'hôpital, où là, au nom de la morale ou de la religion, on leur a fait subir des curetages de l'utérus à vif, sans anesthésie, juste pour qu'elles comprennent ce qu'elles avaient fait de mal. Certaines parleront même d'avortement-boucherie ! Et qu'avaient-elles fait de si mal, pour mériter une telle punition, sinon goûter aux plaisirs de la vie ? Des femmes non mariées n'ont-elles pas été traitées de putain, de salope ? De filles légères, faciles ? 
Des femmes humiliées, meurtries à tout jamais au plus profond de leur être, au point de n'en avoir jamais parlé et de vivre avec ce terrible secret pendant d'innombrables années. Obligées de vivre avec cette culpabilité, voire cette honte qu'on leur avait ancré dans leur tête.
Et n'oublions pas toutes ces femmes mortes (ndlr : dix d'entre elles mourraient chaque jour des suites d'un avortement clandestin) qui, comme le souligne Xavière Gauthier, ne peuvent plus témoigner aujourd'hui.
 
Ce livre bouleversant ne peut que rester dans la mémoire de nous autres femmes libres. Nous prenons conscience du privilège de pouvoir décider en toute légalité du moment où nous aurons envie de donner la vie.
 
Paroles d'avortées - Quand l'avortement était clandestin
Editions de la Martinière - 17 €
Xavière Gauthier est chercheuse au CNRS et auteur de nombreux ouvrages dont « Naissance d'une liberté. Avortement, contraception : le grand combat des femmes du XXe siècle (Robert Laffont)
 
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