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En finir avec la fièvre acheteuse

Article par Karin DANJAUME , le 01/12/2005 à 11h56 , modifié le 16/01/2007 à 14h30 0 commentaire

Tout le monde a déjà ressenti un sentiment euphorique en s'achetant un article convoité. Mais pour certains, les joies du shopping peuvent virer au cauchemar et acheter devient alors une addiction.

Question shopping, nous ne sommes pas tous égaux, certains sont plus dépensiers que d'autres. L'affaire devient sérieuse lorsque l'on devient "accro". Nathalie, ancienne acheteuse compulsive, explique : "Je ne pouvais pas repartir d'un magasin les mains vides. J'avais besoin d'acheter même une bricole qui ne servait à rien. J'errais de boutique en boutique et je dépensais des sommes folles dans un temps restreint. C'était comme de la boulimie." Moins connue que les dépendances alimentaires ou toxiques, la fièvre acheteuse a des effets dévastateurs pouvant aller du surendettement jusqu'au suicide.

Le phénomène est plus fréquent chez les femmes. Elles achètent, en grande quantité, des objets "de parure" : vêtements, maquillage, chaussures... de quoi rassurer narcissisme et pouvoir de séduction. Les hommes, quant à eux, cherchent à acquérir de la puissance et leurs achats sont plus conséquents : équipement informatique, hi-fi voire voitures. Le liens entre tous ? Des problèmes affectifs et relationnels. Gabriel, membre des Débiteurs anonymes, raconte : "L'argent n'est qu'un symptôme apparent, la partie visible du mal être. On est soumis à un sentiment de vide affectif qui n'est pas la réalité. Cela induit des comportements dérivés."



Manque, euphorie et culpabilité

Marie-Claude François-Laugier*, psychanalyste, a travaillé sur le sujet. "On peut identifier trois phases : le manque, l'euphorie et la culpabilité." Le besoin d'acheter est toujours précédé d'un accès de tristesse. "On a besoin de combler le manque alors on se précipite pour acheter, explique-t-elle. C'est une impulsion à laquelle on ne peut pas résister et le moment de payer est comme un shoot de drogue". S'ensuit une sensation de satisfaction immédiate suivie d'une phase de plénitude de courte durée. Nathalie se souvient : "Sur le moment, je me faisais plaisir mais ensuite arrivait l'effet boomerang. J'étais rongée par la culpabilité, à tel point que je ne portais jamais les vêtements que j'achetais dans ces moments-là."

Cette addiction plonge également ses victimes dans de terribles difficultés financières qui engendrent une anxiété accrue. Marie-Claude François-Laugier poursuit : "Les acheteurs compulsifs vivent dans l'angoisse de l'appel du banquer et des courriers de relance. Ils se mettent constamment en danger."

* Auteur de "Comment régler ses comptes avec l'argent", éd. Payot réédité en 2004.


Déculpabiliser

Lorsque l'argent occulte tous les autres aspects de la vie, la prise de conscience est nécessaire pour s'en sortir. "Le besoin de revenir dans la réalité est vital. Pour cela il faut en parler, admettre qu'il s'agit d'une maladie et se déculpabiliser" explique la psychanalyste. Pas facile d'évoquer ce sujet, plus tabou que le sexe, mais on peut se faire aider : en travaillant sur soi, en consultant un thérapeute ou en faisant appel aux Débiteurs anonymes. Avec des résultats réels comme en témoigne Nathalie : "Aujourd'hui j'arrive à me raisonner. Je me fixe mes dépenses et je m'y tiens. Je sais doser et équilibrer mon budget. La grande différence est que désormais, je dépense pour tout le monde alors qu'avant ce n'était que pour moi !"

 
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