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Secrets de famille : en parler pour arrêter les dégâts

Article par Karin DANJAUME , le 05/12/2005 à 17h55 , modifié le 26/12/2006 à 11h55 0 commentaire

Les secrets de famille sont dans l'air du temps. Il n'y a qu'à voir les livres-confessions parus ces derniers mois qui révèlent les histoires enfouies de diverses célébrités. A défaut de faire avancer le débat, ils lèvent le voile sur un sujet dont on ose enfin parler. Dire un secret est souvent libérateur, encore faut-il avoir la manière pour le faire. Serge Tisseron, psychanalyste et psychiatre, auteur de "Secrets de famille, mode d'emploi"*, nous en dit plus.

Comment peut-on définir un secret de famille ?
Il s'agit de quelque chose qui n'est pas dit. Son existence même est cachée. La plupart des secrets sont liés à des traumatismes (inceste, guerre, crise économique...) et c'est à la deuxième génération que la culpabilité et la honte interviennent.

Comment cela se vit-il au sein d'une famille ?
Les enfants le sentent toujours car ils sont très sensibles. Ils savent qu'il existe des domaines douloureux et interdits, des sujets dont il ne faut pas parler. Ils s'en rendent compte lorsque leurs parents sont en colère sans raison apparente ou perturbés après avoir vu une émission de télévision, par exemple. Ces réactions émotionnelles inexplicables sont très pénibles.

Que s'imagine l'enfant exactement ?
Qu'il est responsable du malaise de ses parents. Un enfant se sent toujours responsable de ce qui arrive en bien ou en mal à ses parents. Il peut penser qu'il a fait une bêtise, avec la notion de culpabilité que cela entraîne. Il peut aussi imaginer que ses parents ont fait des choses horribles - quand on ne leur dit rien, les enfants imaginent toujours le pire. Autre cas de figure : l'enfant pense qu'il est incapable de comprendre quoi que ce soit. Il va alors croire ce qu'on lui dit de lui plutôt que de développer sa propre vision du monde. Tout cela est déterminant pour son évolution future.

* Ed. Marabout




Quelles sont les conséquences sur la vie de famille ?

L'enfant adopte un comportement d'évitement pour ne pas malmener ses parents. Il va également mobiliser beaucoup d'énergie pour comprendre quel est ce secret. En outre, devant l'émoi des siens, il ne pose plus de questions ce qui réduit la communication familiale. Les conséquences peuvent être handicapantes : cela va donner des adultes qui auront honte (de leur famille, de leurs origines) ou induire des manière de fonctionner qui ne sont pas librement choisies. Par ailleurs, un enfant qui grandit dans une famille à secrets va reprendre l'initiative. Il va penser que c'est comme cela que l'on agit quand on est grand. Les secrets fabriquent de nouveaux secrets.

Comment parler du secret à un enfant ?
Tout d'abord, il faut renoncer à connaître la vérité car elle se perd avec le temps. Il faut en parler quand l'enfant est tout petit. De cette façon, les parents peuvent se familiariser avec les mots pour évoquer le secret sans craindre d'être submergés par l'émotion. Ce qui perturbe l'enfant, ce n'est pas le contenu du secret mais la charge émotionnelle du parent.
Dès qu'un adulte vit quelque chose de douloureux, il doit l'évoquer en expliquant à l'enfant qu'il n'est pas responsable. Cela permet de le déculpabiliser et de lui donner la liberté de poser des questions ultérieurement.
Si les parents agissent de cette façon, l'enfant dépensera son énergie à construire sa vie. On lui allègera sa barque, il ne sera pas malade de ses parents. Sinon, il passera à côté de sa propre vie car les secrets s'opposent à la curiosité. Pour autant, il ne faut pas tout se dire. Certains secrets, comme la sexualité des parents, sont nécessaires. Ce n'est pas parce que l'on ne parle pas de quelque chose que c'est obligatoirement un secret.


Livres-confessions : Serge Tisseron réagit :

"Ces livres sont écrits avec les avocats et sont calibrés pour être vendus. Ce n'est pas parce qu'une personne dit qu'elle nous raconte tout qu'il faut la croire ! Le problème avec ces livres est qu'ils donnent l'impression que dire la vérité est l'important. Or la vérité, nous ne la connaissons pas toujours de façon exacte.
Lorsqu'on publie un livre, il n'y a pas de reconnaissance directe, c'est comme jeter une bouteille à la mer. Seul le retour permet de se libérer et de se sentir apaisé. La personne qui écrit doit prendre de la distance et pour cela, chercher des interlocuteurs privilégiés. Ces livres sont une façon de parler des secrets de la pire manière qui soit car chacun doit trouver les limites de ce qu'il peut entendre."

 
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