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En finir avec la violence dans le couple

Article par Karin DANJAUME , le 06/12/2005 à 17h43 , modifié le 13/11/2006 à 09h44 0 commentaire

Marie-France Hirigoyen a publié un ouvrage sur la violence dans le couple. Pour Plurielles, elle revient sur les ressorts de ce fléau.

Dans votre ouvrage, vous mettez en lumière non pas une violence mais des violences dans le couple. Peut-on tout de même définir la violence ?
La violence est un mode de relation basé sur la domination et le contrôle. De la violence dans le couple, on ne repère et on ne sanctionne que la violence physique. Mais il existe aussi une violence psychologique qui comporte notamment le dénigrement et l'humiliation.
Ce qui fait la violence, c'est quand une relation n'est pas égale : l'un a le pouvoir sur l'autre qui ne peut pas se défendre. C'est la différence avec les disputes ou les tensions : cela fait du bruit et donc on confond souvent. Mais la vraie violence n'est pas là. La violence psychologique ne fait pas de bruit. Elle se vit au plus profond de l'intimité du couple.


La violence psychologique découle-t-elle systématiquement de la violence physique ?
Non pas du tout. En revanche, il n'existe pas de violence physique sans violence psychologique. Or les femmes qui l'ont vécue, disent que celle-ci est plus grave car elle ne laisse pas de trace visible : on n'est jamais sûr du moment où la situation devient anormale. Elle est plus difficile à prouver et à oublier.

Au début d'une relation, y'a-t-il des signes qui doivent alerter ?
J'ai fait ce livre pour apprendre aux femmes et aux hommes à repérer les premiers signes afin de réagir à temps. La chose qui doit alerter, c'est l'inégalité dans le couple : lorsque toute parole et toute réplique est impossible, lorsqu'il y en a un qui ne peut rien dire. A ce moment-là, cela devient inquiétant.
L'autre point primordial est l'importance du respect même quand on se dispute. On sait bien qu'il y a des points faibles à ne pas toucher et on sait que si on dépasse ces limites, on met la relation en péril. Lorsque l'autre appuie toujours sur ces point faibles, c'est que la relation n'est pas égale.



Dans ce cas, on imagine sans peine que la violence est beaucoup plus courante qu'on ne le pense...

Oui c'est vrai. Mais lorsque l'on parle de violence, on parle d'actes qui sont installés dans la durée. La violence est quelque chose de permanent, qui se poursuit dans le temps. Mettre le doigt là où ça fait mal systématiquement, c'est de la violence. Se faire frapper une fois, c'est une agression.

Qui sont les victimes de cette violence ? Ont-elles un point commun ?
D'une façon générale, si les femmes sont plus souvent victimes de violence que les hommes, c'est qu'il existe encore des inégalités dans la société. Maintenant, toute personne peut être une potentielle victime si elle rencontre un être pervers. Toutefois plus de femmes que d'hommes ont une vulnérabilité liée à leur histoire. Or plus la vulnérabilité est grande, plus on est atteignable. Voilà pourquoi les personnes ayant vécu des événements difficiles doivent travailler pour se reforger ces limites.

Pourquoi les victimes sont-elles souvent dénigrées ? Jugées comme des êtres faibles ?
C'est certainement culturel. On a tendance à dire : "La violence n'est pas chez nous". On pense que c'est pire ailleurs : en Espagne, dans les banlieues, dans les pays en voie de développement, dans les milieux défavorisés... On caricature volontiers et tout cela est faux : la violence est partout, dans tous les milieux. Simplement on n'a pas envie de la voir car on n'aime pas cela. Pourtant elle est en nous et chacun doit apprendre à la canaliser.



Qui sont les personnes violentes ?

Des personnes qui ont vécu de la violence morale ou physique dans leur passé. Ou alors, elles ont été idolâtrées et on ne leur a donné aucune limite. Elles font preuve d'un narcissisme hors du commun.

Comment s'en sortir lorsque l'on est victime ?
Dans ces histoires, il n'y a que des cas particuliers donc a priori, on ne peut pas généraliser en disant "il faut faire ceci ou cela". Maintenant, concernant les partenaires violents, certains peuvent s'améliorer, d'autres non. En premier lieu, il faut sortir de l'isolement et de la honte. Oser en parler. Il est également nécessaire de poser clairement les limites au compagnon et de chercher une possibilité de changer la relation. Le phénomène de violence dans le couple est avant tout un problème d'emprise sur l'autre. Plus l'emprise a duré longtemps, plus s'en débarrasser prend du temps. Il faut se faire aider par des personnes extérieures. Parfois les policiers et les partenaires sociaux sont surpris du temps que mettent les femmes à réagir. Mais cela vient de l'emprise qui est un piège avec des réflexes conditionnés, de la peur et de la culpabilité... Car c'est toujours la victime qui se sent coupable.

Mais comment en vient-on à décider d'étendre son emprise sur quelqu'un de façon perverse ?
On ne le décide pas. C'est instinctif. Ce n'est pas du tout stratégique.


Prenons l'exemple d'une violence occasionnelle : un homme qui dépasse les bornes et qui gifle sa compagne. Peut-on continuer à vivre avec cet homme ?
La gifle ou une injure aussi violente qu'une gifle, c'est la limite à ne pas dépasser : c'est inacceptable. Il faut être intraitable là-dessus : en parler et préciser les limites. Expliquer à l'autre que soit on change la relation, soit on ne peut pas continuer ensemble. C'est un signal d'alarme.
Dans le cas d'un homme qui est en train de glisser vers la violence, celui-ci doit se remettre en question sincèrement et non parce qu'on l'y oblige : "Si tu ne vas pas voir un psy, je te quitte". Si il a une prise de conscience et reconnaît son attitude, il peut s'en sortir.
Lorsque la violence est le mode de fonctionnement du couple, il est extrêmement rare que l'homme se remette en cause spontanément. C'est la grande différence : si on est capable de se remettre en question, tout est possible. Mais pour certains sujets très violents, il n'y a rien à faire.

Est-ce la même chose pour les femmes violentes ?
C'est exactement le même processus même si culturellement on tolère plus la violence masculine. Mais les profils des femmes violentes sont les mêmes que ceux des hommes. La seule nuance réside dans le fait que les hommes ont plus de chance de s'en sortir socialement car ils ont plus d'appui et de compréhension. D'ailleurs, cela se voit au niveau de l'éducation des enfants : on accepte plus que les petits garçons soient bagarreurs. Les femmes y sont donc pour quelque chose.

Votre livre a la particularité d'être très objectif sur toutes ces questions...
Je n'ai pas fait ce livre pour stigmatiser les hommes. Mais avant la violence physique, il y a des dérapages de comportement. Il ne faut pas attendre d'être au tribunal avec son œil au beurre noir pour réagir parce que là, il est trop tard. Il faut apprendre à dire non à certains comportements et à vérifier nos propres dérapages. Or dire "non", ce n'est pas ce que l'on apprend aux petites filles. Il faut connaître ses propres limites et elles sont toutes différentes selon le vécu de chacun. Chez certains êtres, cette éducation ne leur a pas été donnée. Cela vient des parents, des familles où l'on ne nomme pas ce qui est normal et ce qui ne l'est pas. Il faut apprendre le respect et cela passe par se respecter soi avant tout.

 
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