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Adolescents : qui sont les adomamans ?

Article par Gaëlle Desportes pour Côté mômes , le 22/05/2007 à 11h08 , modifié le 11/01/2011 à 11h23 2 commentaires

Adolescents. Qu'il s'agisse d'un accident ou d'un projet réfléchi, les grossesses adolescentes " dérangent " nos sociétés occidentales. Jugées, incomprises, souvent fragilisées, ces ados mamans font pourtant bien partie de notre société. Qui sont-elles ?

Adolescents. Les grossesses adolescentes sont définies par convention comme les maternités survenant entre 13 ans et 19 ans. Elles sont très courantes dans le monde : près d'une femme sur 10 qui accouche est une adolescente (données Nations Unies 1997). En Afrique, où 30 à 50% des jeunes femmes mariées ont entre 15 et 19 ans en Côte d'Ivoire, au Mali et au Sénégal, 15% au Maroc et de 5 à 15% en Algérie, les grossesses précoces font partie de la normalité. En Europe, si elles étaient habituelles au Moyen-Age et à la Renaissance, ces grossesses sont maintenant perçues comme très singulières. En 2006, une femme accouche à l'âge de 29,8 ans en moyenne (source Insee). Cette même année, on comptait pourtant 37 naissances pour 1000 jeunes filles de 15 à 19 ans. Pourquoi ?

Les adolescentes enceintes sont issues de tous les milieux sociaux, même si la grossesse intervient plus souvent dans les milieux défavorisés et les familles déstructurées. D'autres éléments se retrouvent souvent, comme des antécédents de prise en charge institutionnelle de l'adolescente ou de sa mère, une adolescente elle-même née d'une mère adolescente, un père absent ou exclu. L'étude psychologique de la jeune fille enceinte montre qu'il s'agit parfois, à travers sa grossesse et l'arrivée de l'enfant, de réparer les carences affectives et éducatives dont elle souffre (d'après les recherches de Paul Bizouard et Philippe Duverger, professeurs au CHU de Rouen). Pour d'autres, en grande difficulté, devenir mère permet d'acquérir un statut, un revenu et de s'insérer socialement. Il existe aussi, notamment dans des familles d'origine africaine ou gitane, une culture et des coutumes favorisant le mariage précoce et, en conséquence, l'arrivée d'un enfant. Enfin, c'est parfois le choix d'un jeune couple (le futur papa étant cependant souvent majeur).


D'autre part, les psychologues distinguent le désir de grossesse et le désir d'enfant. Des adolescentes peuvent avoir besoin de vérifier que leur corps " fonctionne ". Dans ces cas-là, la grossesse aboutit le plus souvent à une Interruption volontaire de grossesse (pour laquelle l'accord parental n'est plus indispensable depuis 2002). En 1998, le professeur Michèle Uzan, chef du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Jean Verdier à Bondy (93), a rendu un rapport montrant que les grossesses adolescentes aboutissent pour moitié à une IVG. " Les sociologues, quant à eux, sont unanimes : qu'il s'agisse d'un signe de contestation ou d'inconscience, le désir et la survenance d'un enfant chez une adolescente correspondrait à un désir de reconnaissance dans un contexte de crise économique et sociale ", rapportent Anne Daguerre et Corinne Nativel dans leur rapport pour la CNAF, " Les maternités précoces dans les pays développés ", en 2004.

Même si, médicalement parlant, une jeune fille peut être enceinte dès qu'elle est réglée et accoucher sans problème particulier, dans les faits, plus une femme est jeune (surtout avant 17 ans), plus les complications de grossesse sont fréquentes. Ce sont les mêmes que celles auxquelles les femmes adultes ont à faire face (hémorragie, septicémie, hypertension, anémie...), mais les risques sont plus élevés pour les primipares, et les adolescentes le sont à 80%. Des facteurs socio-économiques tels que la pauvreté, un mauvais équilibre alimentaire, le manque de soins prénataux (ces grossesses sont souvent révélées tardivement), voire le manque de soins d'obstétrique d'urgence (pour celles qui cachent leur grossesse jusqu'au bout) peuvent augmenter les risques de complications. Pour l'enfant, les grossesses précoces induisent deux fois plus d'accouchements prématurés et plus de retards de croissance intra-utérins que chez les femmes enceintes adultes (rapport Uzan).

Depuis les années 70, le gouvernement français a beaucoup travaillé sur la prévention : campagnes d'information dans les écoles, sur Internet (Fil Santé Jeunes), accès facilité aux contraceptifs... Depuis janvier 2002, les pharmaciens et les infirmières scolaires peuvent même délivrer la pilule du lendemain gratuitement et anonymement aux mineures. Résultat : le nombre de grossesses adolescentes a largement baissé ces dernières années (-36% entre 1980 et 1997, selon un rapport de l'Institut National des Etudes Démographiques d'octobre 2000). Et contrairement à ce que beaucoup redoutait, le nombre d'IVG est resté stable...

Nelly Carpentier : Adomamans. Le tiers et le lien, editions Téraèdre.


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