Le retour à la maison avec son bébé : la difficulté maternelle

Article par Anne HUMBERT , le 23/10/2009 à 16h16 , modifié le 23/10/2009 à 16h50 0 commentaire

Quand le baby blues dure un peu plus de quelques jours on parle de difficulté maternelle. Ce phénomène qui toucherait 10% des accouchées, soit environ 80.000 femmes, n'est pas à prendre à la légère, comme nous l'explique Nadège Temple, fondatrice de l'association maman blues.

Qu’appelle-t-on difficulté maternelle ?
La difficulté maternelle est un vécu émotionnel de la maternité. On se sent déprimée, on sent des blocages, on culpabilise, on a honte de ne pas être heureuse. Cette difficulté se distingue du baby blues ou d’un petit passage à vide et peut être très grave.
Le difficulté maternelle peut se traduire de différentes façons. Certaines mamans vont s’occuper de leur enfant comme le ferait une puéricultrice, c’est à dire de manière « extérieure » en faisant comme il faut, mais sans ressentir d’émotion. Elles ne sont pas dupes de la situation donc elles culpabilisent.
Certaines mères pensent qu’en s’occupant de leur enfant, le lien va se mettre en place. Parfois, malheureusement, le malaise dure et il s’alourdit.
Il est alors important d’en parler, de prendre conseil auprès de la sage-femme par exemple avant même la sortie de la maternité ou de consulter rapidement pour ne pas que le malaise s’installe.


En fait les femmes "jouent" à la maman ?
Oui. Pour répondre à son enfant, il faut qu’il y ait une émotion. Et parfois cette émotion que l’on peut ressentir dans le « choc amoureux » par exemple, dans la rencontre… Cet état ne vient pas. On reconnaît une maternité heureuse dans la simplicité que l’on a à faire les choses, sans trop en faire justement. Alors qu’en cas de difficulté maternelle, on veut trop en faire: la maison va être nickel, le bébé sans cesse changé, des jouets vont être placés un peu partout, on va beaucoup se promener, ne jamais être seule avec lui pour ne pas le « rencontrer. ». Les mères cachent derrière la fatigue, ou un soi-disant baby blues qui pourtant s’éternise.


Quels sont les signes d’une difficulté maternelle ?
Les troubles du sommeil sont les premiers signes à reconnaître. Une mère en difficulté va avoir du mal à se rendormir, elle est sans cesse en alerte, dans un état de vigilance extrême.
Evidement parfois il y  les pleurs, la peur. Mais souvent ce sont des femmes accablées par leur enfant, pour qui tout est une corvée, elles ne voient pas l’issue. Elles peuvent s’occuper trop bien de leur enfant, avoir beaucoup d’objets de maternage entre elle et leur enfant pour qu’il ne soit pas si accessible. Ou tout simplement avoir peur de se retrouver seule avec leur enfant ou être des mères « maltraitantes ».
Quand on est en difficulté maternelle, passer ne serait-ce qu’un moment de calme allongée auprès de son enfant n’existe pas..

Et l’entourage dans cette situation ?
Souvent lorsqu’une femme s’effondre, c’est un accident au carrefour de son histoire. L’histoire de son mari et de son rapport à sa mère. Le père de l’enfant peut être dans l’attente d’une mère parfaite, ou devenir lui même une « bonne mère » et prendre la place laissée vacante par sa compagne, la faisant alors culpabiliser de plus belle.
Pourtant l’entourage peut très vite par une oreille attentive soulager ces femmes et leur donner les moyens de faire petit à petit connaissance avec leur enfant. La famille ou la belle-famille, si elle se substitue à la mère, va lui renvoyer l’idée qu’elle ne sait rien faire en lui infligeant une leçon, ce qui bien évidemment peut la faire s’effondrer doublement.

Est ce qu’un accouchement qui se passe mal favorise la difficulté maternelle ?

La façon dont on vit les premiers jours avec son enfant et la façon dont la maternité s’installe peut être vue comme un échec.
Ce n’est pas parce que l’on accouche que l’on a accouché de son enfant. Il peut y avoir une déception ou une gêne. On peut avoir l’impression d’avoir été privée de son accouchement pendant une césarienne en urgence ou une péridurale qui a coupé toute sensation. On est alors déçue. L’accouchement peut aussi avoir été trop « violent »

Quelles sont les issues pour ces femmes ?
Les femmes en difficulté maternelle sont souvent dans l’évitement et se racontent des histoires, quand ce n’est pas leur entourage qui le fait. Ca va passer, il s’agit d’un baby blues, qui dure depuis 6 mois, alors que normalement cela ne dure que quelques jours, voire quelques heures.
Quand l’on sait que seulement une dizaine de structures d’accueil sont disponibles, soient 70 lits en unité de soin, l’urgence de comprendre ce qu’est la difficulté maternelle est importante. Il est urgent aussi que le personnel médical ait une écoute différente et des discours adaptés pour ces femmes, ce que nous voulons faire comprendre par le biais de notre association maman blues.

Pour en savoir plus : http://mamanblues.org
 
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