Grossesses adolescentes : qui sont ces ados-mamans ?

Article par Julie CARON , le 06/12/2013 à 16h55 , modifié le 06/12/2013 à 17h03 0 commentaire

Jugées, incomprises, souvent fragilisées, ces ados mamans font pourtant bien partie de notre société. Analyse de ces mères pas comme les autres.

Les grossesses adolescentes ne forment pas un groupe homogène mais recouvrent une très grande variété de situations, allant de la grossesse désirée à des grossesses arrivant après des rapports non protégés. Les adolescentes enceintes sont issues de tous les milieux sociaux, même si les grossesses interviennent plus souvent dans les milieux défavorisés et les familles déstructurées.

 

Celles qui se poursuivent se retrouvent en général dans la tranche des 15-17 ans. L'image de la très jeune mère de 15 ans est tout à fait exceptionnelle. Plus la grossesse survient tôt, plus il y a recours à l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Mis à part ce critère d'âge, les adolescentes concernées présentent des profils assez variés. Il existe tout de même quelques situations types. On peut distinguer l'adolescente bien entourée, issue d'un milieu social favorable et qui tarde à réaliser qu'elle est enceinte. Ayant recours à une contraception souvent aléatoire, les jeunes filles, par inconscience ou peur d'en parler à la famille, font traîner leur prise de contact avec un professionnel médical.

 
On peut aussi noter des grossesses qui sont plutôt d'ordre culturelles. Bon nombre de sociétés coutumières considèrent qu'avoir un bébé est valorisant. La grossesse consti¬tue un rituel de passage de l'enfance au monde des adultes. Ces grossesses programmées et attendues par un couple, une famille, un clan suivent l'évolution habituelle des grossesses et se déroulent pour la grande majorité d'entre elles de façon très simple.
 
Les poursuites de grossesse diffèrent selon les milieux
Parfois, ces grossesses viennent combler un manque, une carrence d'affection pendant l'enfance. Cette grossesse permet d'obtenir un bébé et, surtout, de devenir maman. Accéder au statut de mère permet de s'identifier à sa mère et souvent de concrétiser un conflit latent. Toutes les enquêtes montrent qu'un grand nombre de jeunes mères mineures ont souffert dans leur enfance de condi¬tions de vie difficiles et de mauvaises relations avec leurs parents. Ces grossesses sont qualifiées de grossesses «misérables». L'enfant vient compenser les angoisses et la sensation d'abandon.

 

Il existe un dernier profil d'adolescentes chez qui la grossesse semble être l'expression d'une conduite agressive directement dirigée contre leur propre corps. C'est la grossesse "prise de risque" ou grossesse "violente". Si les garçons choisissent les conduites à risque tels que les excès de vitesse ou la délinquance, les filles se tournent plus volontiers vers l'attaque directe de leur corps comme les tentatives de suicide, les troubles du comportement alimentaire. En général ces grossesses impulsives surviennent dans le cadre d'une sexualité non protégée et à risque et s'inscrivent comme des passages à l'acte.

 

Même si les grossesses adolescentes touchent tous les milieux sociaux, la décision de pour-suivre ou non la grossesse est sans doute socialement différenciable : les jeunes filles souhaitant poursuivre leurs études auront plus souvent recours à une IVG que celles qui ont arrêté leurs études.

 

Pas seulement  des accidents
La sociologue Nathalie Bajos clame qu' "il serait faux de croire que toutes ces grosesses sont des accidents". Certaines adolescentes, comme pour les femmes plus âgées d'ailleurs, testent de façon plus ou moins consciente leur fécondité. D'autres ont un réel désir de maternité. C'est en général le cas des jeunes filles issues de milieux sociaux défavorisés, et qui ont un parcours chaotique de maltraitances et de placement "L'enfant est vu comme une solution magique qui va tout chan¬ger, qui va les réparer, c'est l'adolescente que ce bébé à naître va faire renaître." S'agit-il pour autant de réel désir d'enfant ou plutôt de désir de grossesse?

 

Les psychologues les distinguent. Des adolescentes peuvent avoir besoin de vérifier que leur corps "fonctionne". Dans ces cas-là, la grossesse aboutit le plus souvent à une IVG. Les so¬ciologues, quant à eux, sont unanimes : "qu'il s'agisse d'un signe de contestation ou d'inconscience, le désir et la survenance d'un enfant chez une adolescente correspondrait à un désir de reconnaissance dans un contexte de crise écono¬mique et sociale".

 

Mais que deviennent les mères et leurs enfants ? Celles qui étaient à l'école reprennent-elles leurs études ? Les autres parvien¬nent-elles à trouver un em¬ploi et à assumer leur enfant ? Quel est le taux d'enfant placé ? Des questions fondamentales mais malheureusement très peu étudiées, ou de façon locale et ponctuelle, en France.

 
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