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Faut-il laisser son bébé pleurer ?

Article par Anne-Flore GASPAR-LOLLIOT , le 19/12/2012 à 11h15 , modifié le 19/12/2012 à 11h19 0 commentaire

Dans le monde merveilleux des jeunes mamans, tout est prétexte à débat public : allaitement, couches lavables, liniment, lingettes, sucette... Et une interrogation subsiste : faut-il laisser pleurer un bébé ?

Tous les soirs, c'est le même dilemme : bébé pleure et vous ne savez pas si vous devez vous fier au savoir empirique votre mère (« oh laisse-le pleurer un peu, c'est du cinéma ! ») ou à la demi-douzaine de reportages que vous venez de vous farcir sur le sujet (« les bébés ne font pas de caprices »). Pour démêler le bon du mauvais, rien de mieux que l'avis d'un spécialiste : le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre et auteur du Pédopsy de Poche (éditions Marabout).

A partir de quel âge doit-on distinguer les pleurs vitaux du nourrisson aux pleurs de caprices du grand bébé ?
Il ne s'agit pas d'être péremptoire : tout est fonction du bébé, de la maman et de leur histoire. De toutes façons, dans le cas d'un bébé qui pleure, quel que soit son âge, il faut d'abord s'assurer qu'il n'y a pas de problème physique ni de besoin vital, que ce soit alimentaire ou besoin de câlins tout simplement. Le besoin de câlins est un besoin physique comme un autre et un enfant qui ne reçoit pas assez de câlins ne fait pas un caprice mais réclame sa dose d'échange, de temps et de contact.

Tous les pleurs méritent donc qu'on s'y attarde ?
Quand un bébé pleure, il y a toujours quelque chose. Après, ce n'est pas forcément un besoin vital, c'est à dire que ça peut être de l'ennui mais c'est quand même quelque chose. Ensuite, tout dépend de notre mode de réponse. Mais il est indispensable qu'on aille voir de quoi il s'agit, d'aller « diagnostiquer » ces pleurs. Si l'on voit que la demande est juste de l'ordre de l'ennui et que l'on a d'autres choses qui nous apparaissent plus indispensables à faire sur le moment, on peut le laisser pleurer.

Mais comment s'assurer que c'est juste l'ennui qui le fait pleurer ?
Cette histoire de pleurs survient surtout au moment du coucher puisqu'en journée, on sait généralement y répondre et que l'enfant est rarement seul, et c'est assez facile à repérer, quel que soit l'âge de l'enfant : quand on est là il ne pleure pas, et dès qu'on s'absente il se met à pleurer. A partir du moment où on s'est assuré qu'il est rassasié, qu'il n'a pas soif, qu'il n'est pas douloureux ou qu'il n'a pas besoin d'être changé, on peut accepter et supporter ses pleurs.

Le coucher doit-il systématiquement être synonyme de larmes ?
Il est normal que certains enfants pleurent avant de dormir. Ce sont souvent des enfants toniques qui veulent profiter au maximum et repoussent les limites, des actifs qui ont du mal à se laisser aller et parfois enfants de parents qui n'ont eux-mêmes pas forcément de plaisir à dormir. Quand les parents aiment dormir, c'est souvent contagieux et l'enfant a plus de facilités à dormir. Ça peut aussi être des enfants angoissés à qui le temps de sommeil et donc séparé des parents peut paraître long. Mais une certaine autonomie doit s'acquérir. Ces pleurs du soir font même presque partie du rituel pour certains enfants, c'est à dire qu'ils ont besoin de passer par là pour s'endormir. Il faut savoir que les pleurs entrainent la sécrétion d'endorphines, qui aident à s'apaiser et qui favorisent le sommeil, donc ce ne sont pas des pleurs inutiles.

N'y a-t-il aucun risque affectif à laisser un bébé s'égosiller ainsi avant de s'endormir ?
On ne le laisse pas pleurer toute la nuit mais 10 minutes, généralement ça suffit à ce qu'il s'endorme. Et si ça ne suffit pas, on peut aller voir, le calmer un peu et espacer les retours. Il faut considérer ça comme un apprentissage et c'est très important parce que beaucoup d'adultes n'arrivent pas à s'endormir seuls ou à s'endormir tout court. Une étude a récemment montré qu'à 1 heure du matin, 1 Français sur 4 était encore réveillé. Nous sommes la population qui prend le plus de somnifères, donc il y a un vrai problème d'endormissement. C'est tout petit que les choses se mettent en place. La capacité à s'endormir seul est quelque chose qui s'apprend dès le plus jeune âge et cela ne s'apprend ni dans la fusion, ni dans la violence ni dans la carence. C'est une autonomie qui s'acquiert progressivement et pas brutalement, comme la marche. Ce qui me gêne dans tout ça, c'est l'agressivité sous jacente liée à la culpabilité des parents. C'est à dire que dans toutes les formules qu'on entend souvent comme « bon, ça suffit maintenant, je te laisse pleurer ! », on ne peut pas s'empêcher d'être agressif. Mais il n'y a pas besoin de l'être ! S'il pleure, et bien on est triste pour lui : on n'a pas besoin d'être ferme et sévère. On peut lui montrer qu'on est désolé en lui disant avec tendresse : « écoute, je suis triste pour toi mais c'est comme ça, tu dois apprendre à t'endormir tout seul ».

 
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