Familles recomposées : comment l'enfant peut-il retrouver sa place ?

Article par , le 21/07/2011 à 16h28 , modifié le 21/07/2011 à 17h02 0 commentaire

La séparation est bien réelle. Le divorce a été prononcé et vous emménager avec le nouvel élu de votre coeur. L'enfant va-t-il réussir à trouver sa place au sein de cette famille recomposée ?

Comment gérer l'attitude négative de votre chérubin ? Papa ou maman doit-il se sentir coupable ? Agnès de Viaris, psychologue spécialisée dans les problématiques familiales, nous répond :

Comment un enfant parviendra-t-il à trouver sa place entre sa mère et son beau-père ou son père et sa belle-mère ? 

Avec le temps, la phase de recomposition confronte histoires individuelles, divergences de vue, émotions, passé absent pour les uns, présent pour les autres, l'ensemble des attentes des uns et des autres. Quand des liens directs s'observent entre les différents membres de la famille et que le beau-parent et l'enfant ne passe plus par le parent pour partager, c'est qu'une histoire s'est tissée entre, autour et pour chacun des membres de la famille. On n'est plus en recomposition mais dans une famille recomposée. On n'est pas d'emblée beau parent et bel enfant, on le devient.

Comment éviter cette fameuse phrase : "Tu n'es pas mon père ou ma mère ?". 

En ne l'évitant pas car elle est vraie ! La prendre comme une opportunité. Un début de dialogue. S'il a besoin de l'exprimer, c'est qu'un doute s'est insinué en lui : il pense que le beau parent veut remplacer le parent. C'est faux. On a un seul père et une seule mère. Ce qui n'empêche pas au beau-parent d'exister en tant que beau parent. C'est le début d'une mise au point nécessaire pour que chacun prenne la bonne place dans la nouvelle organisation familiale.

Chacun arrive dans la famille avec son histoire de vie et il faut faire connaissance.
Ce temps est incompressible. Un passé invisible pour le beau-parent est pourtant bien présent pour l'enfant. Une des difficultés de cette nouvelle famille est qu'elle se construit au-dessus de l'héritage psychologique de la ou des familles précédentes. Dans une recomposition, tout est question de compréhension et de juste distance. La capacité à se remettre en question à s'adapter, faire preuve de souplesse et d'ouverture d'esprit dans une savante alchimie relationnelle à définir. 

Vous vous sentez coupable ! Vous voulez surprotéger cet enfant blessé mais ce dernier ressent votre culpabilité et en profite. Comment réagir ? 

Il est essentiel de préserver l'enfant en respectant l'autre parent et en ne le critiquant pas. Quand un parent fait retomber ses problèmes de couple sur les enfants, il ne se rend pas compte des conséquences déstabilisantes qu'il lui fait subir. L'enfant peut devenir à son insu celui qui alimente le combat de ses parents. L'enfant devient le maillon intermédiaire qui doit permettre à la relation de toujours exister. Même dans le conflit. Dans cet univers de chantage affectif, l'enfant est pris en otage alors que ce qu'il cherche c'est à être rassuré. 

Le parent a souvent peur d'être moins aimé par ses enfants s'il ne les défend pas lors d'un conflit. Il se retrouve souvent pris entre deux feux : ses enfants et son nouveau conjoint. Pour les enfants, comme le beau parent  prend une place qu'ils trouvent menaçante auprès du parent, ils ont tendance à prendre une attitude offensive. Si le parent les laisse dans le doute et une insécurité affective, les enfants peuvent même devenir oppressants, investir l'espace pour ne plus laisser de place à l' "étranger", celui qui envahi le terrain. A leurs yeux, c'est lui qui est responsable du chaos.

Cette idée peut aussi être reléguée par l'ex. Ce dernier pourra même donner une apparence extérieure lisse, parfaite et distiller auprès des enfants une image pas toujours flatteuse du couple recomposée. Dans ces cas extrêmes, les enfants mobilisent leur énergie pour arriver à leur fin, contre le beau parent, au lieu de rester à leur place d'enfant. Certains développent des trésors d'imagination allant de la manipulation au chantage affectif et saisissent toute opportunité pour agir. Ils ont tellement besoin d'être rassurés qu'ils sont convaincus de la nécessité de faire réagir le parent avec ce type de méthode.

Ayant peur de perdre l'affection de ses enfants qu'il voit moins souvent, il est tenté par une attitude conciliante et a tendance à céder au plaisir immédiat de l'enfant. Bien sûr, loin d'être une bonne solution, cette attitude peut donner l'illusion aux enfants de disposer d'une toute puissance sur la situation. Certains, profitant de la culpabilité du parent d'infliger une situation douloureuse qu'ils sont obligés de subir, exerceront un chantage affectif. Ils seront alors en position de force pour imposer leur « vouloir » contre le « non pouvoir » du beau parent. Ainsi l'enfant peut développer une attitude tyrannique dont il aura du mal à se défaire s'il n'est pas remis à sa place d'enfant. Tout dépend donc de l'implication du parent dans son rôle durant cette période critique.

Quand l'enfant juge, se met en colère contre la maman ou le papa, quelle est la meilleure position à adopter : faut-il répliquer, se mettre en colère aussi, le punir, lui céder ???

A chaque fois qu'il s'exprime, c'est une occasion pour le parent de voir où se situe sa souffrance, sa difficulté et de l'aider à la comprendre et à la dépasser. Vous êtes là pour ça ! Chaque attitude négative de ces derniers est un appel à l'attention du parent. L'enfant a besoin d'être rassuré durant la phase d'instabilité qu'est la recomposition. Son agressivité et ses émotions auront à être canalisées grâce au soutien qui l'entoure.

C'est votre rôle de parent dans cette école de vie qu'est le nouveau foyer. Apprendre à accueillir cet  "Autre", un autre que soi, l'Etranger. Développer l'empathie. Tout dépend de l'état d'esprit que les adultes de la recomposition mettent en œuvre. Mais c'est possible. Certaines familles y parviennent. La recomposition peut être vécue comme une situation d'apprentissage de la relation à l'autre, cet étranger, entré dans notre intimité vie personnelle, dans notre famille. Elle est alors une expérience partagée où l'on apprend ensemble, petits et grands. Une histoire commune où les conflits sont exprimés et dépassés ensemble. Elle offre ainsi des perspectives constructives à l'enfant. La recomposition devient alors un levier, une expérience utile, une école de vie.

 
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.



de Maman
logAudience