Tout savoir sur la phobie scolaire : l'avis d'un pédopsychiatre

Article par Saliha Hadj-Djilani , le 17/08/2010 à 18h25 , modifié le 17/08/2010 à 18h34 0 commentaire

Stéphane Clerget, pédopsychiatre et auteur du "Pédopsy de Poche" (Robert Laffont), reçoit beaucoup d'enfants atteints de phobie scolaire dans son cabinet. Il nous donne son avis d'expert.

Comment peut-on définir la phobie scolaire ?

On reconnaît la phobie scolaire quand l'enfant refuse d'aller à l'école de manière totalement irrationnelle. Ce n'est pas parce qu'il a de mauvaises notes ou que le professeur l'aime pas. Il va résister avec angoisse et il va paniquer si on veut le forcer à aller à l'école.

Comment s'installe cette phobie ?

Soit de manière progressive, c'est-à-dire que l'enfant traine, se plaint de plus en plus d'aller à l'école, dit qu'il est un peu malade. Ou alors ça peut arriver comme ça, presque du jour au lendemain, après un évènement particulier comme la naissance d'un petit frère ou la maman qui a été malade ou lui-même qui a une petite maladie, ou un décès dans son entourage. Un petit évènement comme ça qui change un peu le rythme, va fragiliser l'enfant et permettre à la phobie de s'installer.

Quels sont les principaux signes ?

L'enfant est très anxieux à l'idée d'aller à l'école et peut aller jusqu'à se sauver ou s'enfermer. Parfois il se calme et se laisse conduire à l'école passivement mais il va s'échapper dès que possible pour rentrer chez lui.
Il y a des expressions très somatiques qu'on peut confondre avec des maladies et qui font perdre beaucoup de temps car on n'explore pas dans la bonne voie. Et puis, surtout si l'enfant est déjà un peu grand, il peut se montrer très agressif.
Mais dès qu'il est à la maison tout va bien, il est agréable et il est même d'accord pour faire le travail scolaire ou suivre des cours par correspondance.

Que cache la phobie scolaire ?

Une fois sur cinq, elle masque un état dépressif. C'est pourquoi il ne faut surtout pas laisser cette phobie scolaire s'installer et qu'il faut vite consulter un pédopsychiatre. Elle peut alors durer un an, deux ans et ça peut même conduire à une hospitalisation avec des cours à l'hôpital. A ce moment-là, un travail d'entretiens avec l'enfant mais aussi la famille est mené.
D'expérience, je pense cependant que l'hospitalisation ne va pas raccourcir pour autant la durée de la phobie scolaire.
Des consultations externes, avec parfois un léger traitement médicamenteux pour apaiser les enfants les plus angoissés, aboutissent généralement au même résultat.

Le sens profond de la phobie scolaire, on ne le connaît pas très bien mais c'est souvent une résistance au changement. C'est la raison pour laquelle la phobie scolaire apparaît aux principaux caps de la vie scolaire, comme lors du passage en 6ème ou en Seconde. Finalement l'école c'est ce qui fait grandir au fond... La phobie scolaire c'est un refus inconscient de se séparer de ses parents, de grandir.

Un enfant qui a souffert de phobie scolaire une fois, peut-il rebasculer un jour ?

Non, généralement, un enfant ne fait pas de phobie scolaire plusieurs fois. La phobie scolaire, comme je le disais, correspond à un cap bien précis de la vie de l'enfant et n'arrive donc qu'une fois. Plus tard, l'enfant aura même du mal à se souvenir de ce qu'il s'est passé au moment de son épisode phobique !

 
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