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Mon enfant raconte des mensonges : l'analyse de Marcel Rufo

Article par Anne-Flore GASPAR-LOLLIOT , le 07/01/2013 à 15h30 , modifié le 07/01/2013 à 15h42 0 commentaire

Comportement banal ou signal anormal ? Les mensonges d'enfants sont souvent sources d'interrogations pour les jeunes parents. Faut-il s'inquiéter si son enfant ment ? Marcel Rufo nous répond.

Les petits mensonges du quotidien de nos bambins ("Tu t'es brossé les dents ? - Oui maman !", "Qui a fini le chocolat ? - pas moi papa !"...) nous laissent souvent perplexes : comment réagir ? Doit-on punir ? Ou ne rien dire ? Comment distinguer un petit menteur occasionnel d'un mythomane en devenir ? Le Pr Marcel Rufo, pédopsychiatre et auteur de Grands parents : à vous de jouer (éditions Anne Carrière) nous rassure.

Plurielles.fr : A quel âge un enfant commence-t-il à raconter des mensonges ?
Marcel Rufo : Il faut d'abord définir le mensonge. Il y a 2 types de mensonges : le mensonge qui est très bon signe dans le développement de l'enfant à partir de 2 ans, 2 ans et demi, et qui va dire « c'est pas moi qui ai mangé tout le chocolat, c'est la petite souris !» de façon très libre, et puis le mensonge pervers ou mensonge de compensation, le mensonge qui dit « je n'ai eu pas de mauvaises notes » ou « je suis allé en classe » qui survient plus tard, vers le CM1-CM2.

Doit-on laisser croire à un enfant qui ment qu'on est dupe ou le sanctionner ?
Il faut être souple avec lui. Il faut considérer que c'est un bon signe de développement et lui répondre par exemple : « je sais bien que tu t'es lavé les dents mais relave-les toi, tiens ! ». Il ne faut pas rendre la relation policière mais entrer dans un jeu relationnel pour pouvoir toujours tenir les cartes en tant que parents : « mince alors, sacrée souris qui a mangé tout le chocolat. C'est bête, il n'y en a plus pour toi du coup ». C'est à dire qu'il ne faut pas lui faire avouer mais lui faire comprendre qu'il ne faut pas faire ça.

Que risque-t-on à les confondre ?
En le réprimandant et en lui assénant « menteur, je sais que c'est toi qui as fait ça puisque tu en as plein la figure ! », il va se sentir agressé. Alors que si vous lui dites calmement « écoute, c'est quand même terrible qu'on n'arrive pas à mieux surveiller cette souris mais c'est tant pis pour toi », il va faire une tête pas possible et se dire « mais c'est qu'elle croit vraiment à la souris et qu'elle me prive de chocolat en plus ! ». Plus généralement, l'enfant doit apprendre à perdre et pas toujours à gagner.

Quand doit-on s'inquiéter ?
Là où il faut être vigilant, c'est quand les mensonges viennent cacher un trouble ou une perte de la confiance en soi à l'adolescence. L'illusion à l'adolescence m'inquiète plus que le côté charmant d'autonomisation que représentent les petits mensonges de l'enfance. Il faut aussi être attentif au fait que parfois, dans les affaires de sévices, les enfants mélangent réalité et fantasme. L'enfant malheureux peut imaginer une agression histoire de se die qu'il est malheureux. Je sais que toutes les associations de protection de l'enfance vont hurler mais quand l'enquête est négative on devrait être content, non ? Pour nier la réalité, un enfant troublé est capable de tout imaginer, même les pires choses. Imaginez que vous êtes dans une forêt où tout vous fait peur. Vous allez imaginer que l'agresseur vient d'un coin, et pas que c'est toute la forêt qui est agressive. Parfois l'agresseur est plus facile à identifier qu'une peur générale.
L'enfant doit-il forcément évoluer dans un environnement malsain pour être malheureux ?

Il y a des enfants malheureux qui se pensent malaimés ou que leur frère leur est préféré sans que cela soit pathologique. De même qu'un enfant qui ne va pas à l'école peut dire que sa maîtresse est méchante ou qu'on l'a bousculé. Pour résumer, l'enfant qui est mal peut parfois inventer.

 
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