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L'école à 2 ans pour lutter contre les inégalités ?

Article par Laura EL FEKY , le 08/05/2013 à 14h00 0 commentaire

Le 15 janvier dernier, une circulaire publiée sur le site du ministère de l'éducation nationale, évoque la scolarisation dès deux ans pour la rentrée 2013. Lumière sur cette nouvelle mesure visant à lutter contre les inégalités scolaires.

Qui sera concerné ?
L'idée part d'un constat. Il y a des différences de niveaux importants remarquables dès trois ans entre les élèves issus de familles défavorisées et les autres. Pour lutter contre cette différence, la solution proposée est de scolariser les enfants des "zones d'éducation prioritaire" plus communément appelées les ZEP, des "départements d'outre-mer et des zones rurales isolées". Cela permettra d'encourager la réussite scolaire en développant dès le plus jeune âge les bases du langage et l'acquisition de vocabulaire. Choses qui ne sont pas toujours possibles au sein de la famille puisque les milieux défavorisées sont dit éloignés de la "culture scolaire" selon le concept Bourdieusien. Que ce soit d'un point de vue linguistique, social ou culturel, l'école est plutôt du genre à valoriser une culture "légitime" reposant sur la littérature ou la musique classique. Les élèves qui ne baignent pas dedans seraient plus enclins à manifester des échecs scolaires.

Comment cela va s'organiser ?
Ce qui peut inquiéter de premier abord sont les conditions dans lesquelles ces tout-petits prendront le chemin de l'école. Pas toujours propres, sera-t-il possible pour l'école de les accueillir encore en couche culotte ? La circulaire y répond partiellement en assurant vouloir respecter au mieux le rythme de vie de l'enfant. L'école prévoira de quoi pouvoir les changer et proposera une adaptation en douceur avec des horaires aménageables et une rentrée échelonnée possible tout au long de l'année. La salle qui les accueillera disposera également d'un aménagement particulier, tenant en compte un espace suffisant pour ces petits pleins de vie. Un accueil structurant qui se voudra finalement être une sorte de transition entre la famille et l'école. En face d'eux des professeurs, certes, mais qui bénéficieront d'une "formation" particulière en plus.

Bienfaits ?
Cependant les opinions divergent quant aux bienfaits sur l'enfant. Si certains saluent cette mesure, d'autres dénoncent des effets néfastes sur l'enfant. Quelques écoles en France accueillent déjà des tout-petits et les résultats sont considérés satisfaisants par l'équipe encadrante. Nous sommes en droit de nous demander si cela est en mesure de convenir à tous les enfants. Cette expérience ne demande-t-elle pas une maturité que certains n'auront pas encore acquis à deux ans? Du point de vue de la construction de l'enfant cela semble également problématique pour les spécialistes de l'enfance. Comment s'intégrer à un aussi grand groupe que représente une classe quand on n'est encore qu'un tout petit ? Au contraire, cela peut même paraître traumatisant pour une première expérience de vie collective.
Question logistique, cela peut susciter de nombreuses inquiétudes. Comment un enseignant, même assisté, pourra-t-il répondre à la demande d'attention encore tellement importante chez cette tranche d'âge ? Une scolarisation si jeune est-elle conciliable avec les besoins affectifs et le développement psychologique de l'enfant ? A un âge où l'enfant a encore besoin d'être choyé, cette expérience scolaire ne risque-t -elle pas de le brusquer ?

Le système éducatif tel qu'on le connait ne permet pas de lutter contre les inégalités et une modification semble nécessaire. On remarque qu'il a même tendance à les pérenniser en rendant les bons élèves meilleurs et les mauvais élèves encore plus en difficultés. Proposer une scolarisation dès deux ans dans des milieux touchés par l'échec scolaire sera-t-il cependant suffisant pour corriger les inégalités?

 
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