Introduction des aliments bébé : avis de deux spécialistes

Article par , le 27/01/2012 à 17h43 , modifié le 27/01/2012 à 17h44 2 commentaires

Votre enfant a 6 mois ! L'alimentation bébé va progressivement évoluer... on appelle cette étape la diversification alimentaire. Quels seront les nouveaux aliments que bébé va découvrir ?

Comment varier les repas pour un jeune enfant ? Quels sont les aliments dont il aura le plus besoin jusqu'à ses trois ans. Thierry Fichet, chef cuisinier chez Blédina et Agnès Marduel, diététicienne-nutritionniste chez Blédina, ont accepté de répondre à nos questions :

Le lait infantile est l'aliment le mieux adapté aux besoins nutritionnels du nourrisson. Mais il y a ensuite la diversification alimentaire. Comment introduire les aliments ?

Le lait maternel est le mieux adapté et peut couvrir l'ensemble des besoins nutritionnels du nourrisson jusqu'à 6 mois. C'est le pédiatre ou médecin qui suit le bébé qui conseille les parents sur l'âge du début de la diversification alimentaire. C'est généralement entre 4 et 6 mois que bébé commence à ne plus être alimenté par une alimentation exclusivement lactée. Avant 6 mois, la diversification alimentaire a donc pour vocation de faire découvrir de nouveaux goûts, de nouvelles textures, de nouvelles odeurs... notamment grâce à la petite cuillère.

Comme expliqué précédemment, après 6 mois, diversifier l'alimentation de bébé est donc indispensable pour couvrir l'ensemble de ses besoins nutritionnels, le lait maternel ou infantile restant cependant la base de son alimentation (et ce jusqu'à 3 ans). Les premiers aliments découverts par bébé sont généralement les légumes, les fruits et les céréales (introduits en petites quantités que l'on augmente progressivement) puis, après 6 mois, la viande, le poisson et l'oeuf sans oublier les matières grasses et plus particulièrement les matières grasses végétales essentielles pour couvrir les besoins en lipides de bébé (ils sont notamment indispensable pour le développement cérébral de bébé), enfin après 9 mois bébé va pouvoir découvrir les fromages pasteurisés ou le pain (toujours sous la surveillance d'un adulte).

Il s'agit également de progressivement proposer des textures de moins en moins lisses, puis sous forme de petits morceaux de moins en moins fondants (par exemple dans une premier temps on proposera à bébé de la semoule fine, puis des petites pâtes bien cuites). Les fruits et légumes seront tout d'abord proposés cuits puis crus, bébé sera par exemple capable de manger une banane écrasée puis en petits morceaux...

Comment bien varier les repas pour un jeune enfant ?

Quand on parle de variété des repas on pense d'abord à la variété des ingrédients qui le composent. Après 6 mois il faut veiller à proposer chaque jour des fruits, des  légumes, des féculents, des viandes/poissons différents, mais il ne faut pas oublier non plus de progressivement lui présenter les aliments sous différentes textures, différentes associations, introduire progressivement des fruits puis légumes plus cuits mais crus... Aujourd'hui les mères ont la chance de disposer de sites internet qui proposent des idées de menus adaptés pour leurs jeunes enfants...

Il est important d'utiliser des légumes de saison, y compris ceux qui sont réputés pas faciles à manger pour l'enfant : topinambour, chou, navet, poireau... Tout l'art consiste à les apprivoiser à travers une recette en les introduisant sous forme de morceaux à partir de 8 mois pour favoriser l'apprentissage de la mastication, et en les accompagnant avec un aliment connu de l'enfant. Ajoutez à cela quelques herbes et épices (coriandre, ciboulette, estragon...) pour compenser l'absence ou le manque de sel et donner ainsi du relief au plat.

Quels sont les nutriments infantiles (fer, vitamines, fibres...) dont l'enfant a le plus besoin entre 0 et 3 ans ?

Les nutriments pour lesquels il faut être particulièrement vigilant chez les enfants parce qu'ils peuvent être présents en quantité :

- insuffisante dans son alimentation  sont le fer, certaines vitamines et les lipides dont les acides gras essentiels (AGE),
-  trop importante : les protéines et le sel (sodium).

C'est pourquoi, après 6 mois, il est notamment important de veiller à ce que les bébés non allaités reçoivent du lait infantile en quantité suffisante, de rajouter une cuillère à café d'huile (mélange ou colza/tournesol) dans ses plats, de proposer des portions adaptées notamment en viande/poisson/ou oeuf et de ne pas saler les aliments proposés avant 1 an et de le limiter après.

Les solutions apportées aux mères de famille qui travaillent (petits pots, assiettes préparées), êtes-vous pour ou contre ?

Les mamans qui travaillent n'ont malheureusement pas toujours le temps de préparer de bons petits plats pour leur bébé et comme elles en tant que maman d'un petit garçon de 20 mois je trouve qu'il est très important de disposer d'une offre de produits qui répondent aux besoins de nos jeunes enfants tant au niveau de la qualité des matières premières, de la sécurité des produits que de leur composition. Aussi, cela peut être l'occasion de faire découvrir à bébé certains fruits, légumes, féculents ou viandes dont on a plus rarement l'occasion d'introduire dans nos repas (par exemple certains fruits exotiques, le coing, la patate douce ou encore l'agneau).

De plus, il est compliqué et fastidieux d'adapter un plat adulte au besoin d'un tout petit, par exemple une blaquette ou une paëlla. Ces produits apportent un vrai service, car ils permettent au bébé de découvrir les goûts des grands tout en étant adapté à leurs besoins spécifiques et aux exigences sécuritaires. Petit à petit, il est aussi très agréable de prendre le temps occasionnellement de cuisiner pour son enfant et de l'associer chaque fois davantage dans les préparations (au début il m'a juste accompagné au marché et il a pu découvrir la multitude de couleurs, de formes, d'odeurs proposées, les ingrédients bruts ; par la suite il me faisait juste passer les ingrédients avant que je les transforme et aujourd'hui par exemple il m'aide à mélanger les ingrédients d'un gratin). Ces moments de partage sont très agréables... 

Quelles sont les bonnes habitudes alimentaires à adopter dès la petite enfance ?

Les bonnes habitudes à adopter dès la petite enfance sont les suivantes :

1) Avoir une alimentation variée et équilibrée entre les différents groupes d'aliments

- du lait maternel ou infantile (minimum 500 ml par jour) 
- des fruits et des légumes tous les jours dès 6 mois (après 1 an 4 à 5 fois par jour).
Ce point est très important car seulement 20 % des enfants de 3-17 consomment les 5 fruits et légumes par jour recommandés (Résultats de l'Etude Nationale Nutrition Santé 2006).
- des céréales chaque jour
- de la viande, du poisson ou de l'oeuf en quantité raisonnable chaque jour (à partir de 6 mois : 10 g par jour -soit 2 cuillères à café- ; à partir de 8 mois : 20 g par jour - soit 4 cuillères à café- ; à partir de 12 mois 30g par jour -soit 6 cuillères à café-).
- des matières grasses, de préférence végétales (type mélange d'huiles ou colza/tournesol) : 1 cuillère à café dans ses petits plats.

2) Limiter le sel et le sucre.

3) Prendre 4 repas structurés par jour au plus tard dès 8 mois : un petit déjeuner, un déjeuner, un goûter et un dîner. Et ne pas grignoter entre ces 4 repas.

4) En plus du lait infantile, l'eau est la seule boisson indispensable.

5) Proposer à l'enfant une alimentation variée : avant 2 ans les bébés acceptent volontiers les découvertes, c'est le moment idéal pour construire une palette de préférences alimentaires variées. En effet, plus la palette alimentaire est variée avant 2 ans, plus elle le serait à l'âge adulte.

6) Ne pas forcer un enfant à manger un aliment ou à finir son assiette :

- dans certains car il faut proposer un aliment 15 fois avant qu'il ne soit apprécié,
- l'équilibre alimentaire se construit dans le temps et non sur une journée.

7 ) Ne pas oublier que manger est avant tout un plaisir (notamment plaisir de se retrouver autour de la table pour partager un bon moment et un bon repas).

Avez-vous des trucs et astuces pour faire manger un enfant qui n'aime pas les légumes (par exemple) ?

- Cuisiner devant et avec l'enfant, pour qu'il découvre l'aliment à l'état brut : par exemple la carotte avec sa fane. Lui expliquer l'origine et l'histoire des matières premières. L'enfant doit faire la corrélation entre ce qu'il voit et ce qu'il va manger.

- Ne pas tout broyer et ne pas tout mélanger, pour permettre à l'enfant d'identifier dès le départ chaque ingrédient.

- Donner de l'onctuosité à une préparation un peu amère à base de brocoli, de poireau ou de chou-fleur par exemple, en ajoutant une pointe de matière grasse (mélange d'huiles végétales, crème, beurre...). Cela permet un apprivoisement en douceur et limite les rejets. De plus, cet apport en acides gras essentiels (AGE) via les huiles végétales est adapté aux besoins du tout-petit.

- Adoucir une recette amère avec un ingrédient comme le potiron. De même, on peut estomper l'acidité de la tomate en la cuisant et en l'accompagnant d'une courgette, plus douce et acqueuse.

- Introduire un nouveau légume à la fois, et la présenter plusieurs fois à l'enfant afin qu'il finisse par l'apprécier.

- Veiller à associer le plus souvent possible un légume connu avec un ingrédient inconnu, pour limiter le rejet.

- Diversifier les techniques et les modes de cuisson des légumes après 1 an : gratins, terrines ou flans, cuisson à la vapeur ou à l'eau... pour amener l'enfant à découvrir et apprécier les légumes sous différents aspects.

- Stimuler la curiosité du tout-petit par une présentation soignée des plats, par des couleurs et formes amusantes : la vue du produit peut donner une idée du goût qu'il va avoir.

- Ne pas hésiter à représenter plusieurs fois le même légume (il faut parfois le présenter jusqu'à 7 ou 15 fois avant que l'enfant finisse par l'apprécier).
 
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