Alimentation enfant : interview de Laurence Plumey, médecin nutritionniste

Article par , le 02/08/2011 à 10h33 , modifié le 02/08/2011 à 12h02 0 commentaire

Je ne vous apprends rien, l'arrivée d'un enfant dans une famille est un évènement heureux mais parfois angoissant. Jeune parent, vous vous posez en effet une foule de questions.

Comment nourrir le nouveau-né : sein ou biberon ? Comment s'y retrouver dans les laits infantiles ? Peut-on préparer les biberons à l'avance ? Les laits végétaux (comme le lait d'amande) sont-ils dangereux pour les nourrissons ? Pas de panique, le docteur Laurence Plumey, Médecin Nutritionniste à Paris, répond à toutes vos interrogations et vous retire une belle épine du pied. 

On sait que l'allaitement est meilleur pour le bébé mais la future maman ne veut pas ou ne peut pas allaiter. Elle doit lui donner le biberon. Qu'en pensez-vous ?

Laurence Plumey : le lait de la mère est idéal pour le nourrisson et il doit être privilégié pendant les 6 premiers mois (au moins les 3 premiers). Mais parfois la mère ne peut pas ou ne veut pas allaiter. Il reste donc l'alternative des laits infantiles, dont les formules actuelles et strictement réglementées, sont maintenant devenues relativement proches de la composition du lait maternel. Dans ce cas, le nourrisson est nourri avec un lait 1er âge jusqu'à 6 mois, puis avec un lait 2ème âge jusqu'à 1 an et idéalement avec un lait de croissance jusqu'à 3 ans. Il ne faut pas donner de lait de vache pendant la première année, en remplacement d'un lait infantile car le lait de vache, comme tous les laits de mammifères, n'a pas une composition adaptée aux besoins du nourrisson.

Peut-elle changer de lait en poudre régulièrement ou doit-elle garder la même marque ?

Laurence Plumey : le passage d'un lait infantile à l'autre ne pose pas de problème sur le plan nutritionnel car tous les laits infantiles répondent à la même réglementation. Concernant les laits adaptés à certains contextes (transit irrégulier, régurgitations, petites coliques ....), les mères de famille ne doivent pas prendre d'initiatives sur la foi de conseils d'amis ou d'avis internet. Seul l'avis du professionnel de santé compte (médecin, pharmacien). Les conséquences d'un mauvais choix peuvent en effet être lourdes de conséquences. C'est typiquement le cas des laits végétaux que des parents ont choisi d'utiliser à la place des laits infantiles et qui ont entraîné des retards de croissance et de développement de leur bébé.

Comment se retrouver dans les laits maternisés ?

Laurence Plumey : pour les bébés âgés de 0 à 6 mois, il y a le lait 1er âge (dit aussi préparation pour nourrisson). De 6 à 12 mois, il y a le lait 2ème âge (dit aussi lait de suite). Ces laits ont une composition adaptée aux besoins du nourrisson teneur contrôlée en protéines, présence d'acides gras essentiels, richesse adaptée en fer, et présence de tous les minéraux, oligoéléments et vitamines dont le nourrisson a besoin. Pour les enfants qui ont entre 1 et 3 ans, il y a le lait de croissance riche en fer et en acides gras essentiels.
Mais il existe aussi des laits pour les petites coliques, spécial transit, régurgitation ....
Quoiqu'il en soit de 6 mois à 3 ans, le bébé a besoin de 500 ml de lait infantile quotidiennement donnés en deux biberons par jour : un le matin et un au goûter.  C'est ainsi qu'environ 70 % de ses besoins en fer, en calcium et en acides gras essentiels seront couverts.

A partir de quel âge peut-on rajouter de la farine ?

Laurence Plumey : dès le sixième mois, la maman ou le papa peut rajouter un peu de farine dans les biberons surtout dans celui de fin de journée si l'enfant se réveille la nuit car il sera mieux rassasié.

Revenons sur les laits animaux et végétaux. Que pensez-vous des laits de chèvre, de brebis, de jument, d'ânesse, de vache ? Sont-ils adaptés à la croissance d'un bébé ? Est-ce un phénomène de mode ?

Laurence Plumey : Pour assurer le bon développement du nourrisson et garantir la santé future de l'enfant, les laits d'animaux sont fortement déconseillés durant au moins les 12 premiers mois de son existence. Ils ne répondent pas aux besoins des nourrissons et enfants en bas âge.Que ce soit du lait de vache, de chèvre ou de brebis, ils sont trop riches en protéines, très pauvres en acides gras essentiels et en fer .... Enfin, le lait d'ânesse ne présente pas de garanties suffisantes en matière de contrôle infectieux. Les experts s'accordent tous à dire que le meilleur choix est le lait maternel jusqu'à 5-6 mois puis le lait 2ème âge jusqu'à 10-12 mois et le lait de croissance jusqu'à ses trois ans. Quant au lait de vache, l'enfant peut commencer à en boire à partir de trois ans.. Donc, oui effectivement, il s'agit d'un phénomène de mode auquel il ne faut pas céder durant au moins les 12 à 18 mois de l'enfant.

Et concernant les laits végétaux, comme le lait d'amande par exemple ? Quels risques pour la santé du bébé ?

Laurence Plumey : les "jus végétaux" sont abusivement dénommés "laits". Ces laits végétaux, comme le lait d'amande, sont dangereux pour le nourrisson quand ils sont utilisés durant les 12 premiers mois de sa vie en remplacement des laits infantiles quand la mère ne peut pas allaiter. En effet, ils sont pauvres en apports nutritionnels et sont incapables d'assurer à eux seuls le développement physique et mental de l'enfant. Leur usage quotidien entraîne des retards de croissance et de développement des enfants, car ceux-ci manquent de tout : très peu de protéines, pratiquement pas d'acides gras essentiels, très peu de fer, très peu de minéraux, oligo-éléments et vitamines. Entre la première et la troisième année, ces laits peuvent être donnés à l'enfant de temps à autre pour lui faire découvrir de nouveaux goûts mais en aucun cas ils ne peuvent prétendre être d'un quelconque intérêt nutritionnel. Ils ne doivent pas remplacer les laits infantiles dans un premier temps, puis le lait de vache dans un deuxième temps (après 2-3 ans).

Peut-on préparer les biberons à l'avance ?

Laurence Plumey : la réponse est oui mais il ne faut pas préparer les biberons trop à l'avance. Deux heures avant, c'est bien si vous le placez ensuite au réfrigérateur. En revanche, si vous prenez la route, il faut éviter de le préparer à l'avance car toutes les conditions d'hygiène ne sont pas réunies. Le biberon devient un nid à microbes quand il reste à température ambiante trop longtemps. Mon conseil : emmener la poudre de lait infantile et la bouteille d'eau et préparer le biberon lors de la halte conseillée par la sécurité routière. Que ce soit à la maison ou sur la route, si le bébé n'a pas fini son biberon et n'en veut plus, ne le forcez pas et jetez le contenu du biberon. Ne le conservez surtout pas pour le biberon suivant.


Concernant la préparation d'un biberon : peut-on utiliser l'eau du robinet ?

Laurence Plumey : bien-sûr dans notre pays, l'eau du robinet est potable. Un petit conseil de préparation : il faut d'abord mettre l'eau dans le biberon puis ajouter ensuite la quantité de lait. Adaptée au volume d'eau Il faut toujours respecter les quantités indiquées sur l'emballage.

La diversification alimentaire est une étape importante dans la vie d'un enfant. A quel âge faut-il commencer ?

Laurence Plumey : à 6 mois, les parents peuvent commencer à introduire les légumes, fruits, féculents et des laitages au lait infantile et réservés aux nourrissons. Vers 7 mois, le bébé peut commencer à manger de la viande, du poisson ou encore des œufs en toute petite quantité. Entre 7 et 8 mois, le nourrisson peut commencer à goûter du fromage, à condition qu'il soit pasteurisé et non pas cru ni avec des moisissures. Le pain peut être introduit à partir de 7 mois.

Bébé n'ayant pas ou très peu de dents, ces aliments doivent être hachés ou mixés. Les parents ne doivent pas supprimer les biberons de lait, qui restent rappelons-le l'aliment indispensable pour les enfants : il lui faut ses 500 ml de lait par jour.  L'organisme de bébé a toujours des besoins très spécifiques en fer, calcium, acides gras essentiels, protéines et vitamines D. C'est pour répondre à ces besoins que les laits infantiles ont été conçus. Pour les quantités, votre pédiatre sera un bon conseiller. Attention à contrôler les apports de viande : à un an, un enfant ne devrait pas manger plus de 20 g de viande ou de poisson, par jour.

Faut-il insister si l'enfant refuse un nouveau goût ?

Laurence Plumey  : Surtout pas car vous risquez de l'en dégoûter à tout jamais ! Représentez plusieurs fois dans le mois l'aliment refusé car sachez que les goûts sont versatiles chez l'enfant. Et ne faites pas un drame d'un refus !

Quelles sont les vitamines les plus importantes pour un enfant de moins d'un an ?

Laurence Plumey : elles le sont toutes.

Beaucoup de mamans reprennent le travail après l'accouchement. Le temps manque pour cuisiner de bons petits plats pour l'enfant. Peut-on se fier aux petits pots ou plats cuisinés pour les enfants ?

Laurence Plumey : Certes, les plats faits maison font très plaisir ... à celui ou à celle qui le prépare. En effet, les goûts des bébés ne sont pas les mêmes que ceux des adultes et ils aiment aussi bien le fait maison que le tout prêt. Sur le plan nutritionnel et sécurité, sachez que les petits pots ou plats cuisinés sont très bien adaptés aux besoins de l'enfant et sont strictement réglementés ; ils sont pauvres en sel, sucre et en lipides. Les recettes sont riches et variées ; ainsi les enfants peuvent découvrir de nouvelles saveurs, de nouveaux aliments, de nouveaux goûts et de nouvelles recettes que leurs parents n'auraient pas pû faire. En plus, les plats faits maison ne respectent pas toujours les teneurs en sel ou en gras et ne sont pas toujours équilibrés (trop salés, trop sucrés...)  En réalité, il faut varier et faire un peu des deux ; cuisiner maison et faire confiance également aux petits pots !

Pour un enfant de six mois, quelle est la composition d'un repas de midi par exemple ?

Laurence Plumey : le matin, c'est le biberon de 250 ml. A midi et le soir, on lui proposera une petite purée de légumes et une petite compote destinée aux nourrissons (ou un laitage) et pour son goûter, on lui donnera un biberon de 250 ml avec par exemple un petit fruit cru bien mûr écrasé ou un petit biscuit pour nourrissons (ils sont moins sucrés que les biscuits classiques).

 
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