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L'école à deux ans : le pour et le contre en ballotage

Article par G. Desportes pour le site Côté momes , le 29/03/2007 à 10h24 , modifié le 10/04/2007 à 10h21 1 commentaire

Alternative au manque de place en crèche, chance donnée aux enfants issus de milieux défavorisés ou source de désarroi pour des tout-petits ? Focus sur la scolarisation précoce.

En France, selon la loi, les enfants français et étrangers peuvent être accueillis à l'âge de 3 ans en maternelle. Ils peuvent également être admis, dans la limite des places disponibles, s'ils ont atteint l'âge de 2 ans au jour de la rentrée scolaire, à condition qu'ils soient physiquement et psychologiquement prêts à la fréquenter (Source : ministère de l'Education nationale).

Mais comment reconnaît-on qu'un enfant de moins de trois ans est prêt pour cette nouvelle vie ? " Il y a deux critères majeurs d'évaluation : 1) la maîtrise de la propreté ; 2) une certaine maîtrise du langage : un enfant qui ne s'exprime que très peu n'est pas prêt à la vie en collectivité ", estime René Macron, chef du bureau des écoles à l'Education Nationale. Même constat pour Béatrice Guerville, auteur de " Ne mettez pas votre enfant à l'école, il est trop petit ! " et institutrice : " la maternelle ne doit pas être imposée à des petits qui savent à peine parler, et ne peuvent donc pas exprimer leur désarroi ni digérer les explications des adultes. Je crois que le langage est essentiel pour traverser cette étape ". Il existe un autre critère : la maturité psychologique. " Son évaluation est plus subjective et peut susciter la polémique. Mais de toute façon, la scolarisation d'un enfant de deux ans est avant tout un accord entre les parents, l'enseignant et le directeur de l'établissement. En cas de mésentente, une procédure (avec rapport d'un pédopsychiatre) existe, mais il est très rare qu'on en arrive là. Généralement, on trouve un compromis, par exemple l'école juste le matin pour commencer ", raconte René Macron.

Est-ce profitable aux enfants de rentrer si tôt à l'école ?
En juillet 2001, l'Education nationale publie les travaux de Jean-Paul Caille insistant sur les retombées scolaires positives, notamment en ZEP, de quatre ans de scolarisation en maternelle. L'auteur précise toutefois que la différence de réussite entre les élèves scolarisés à 2 ans et ceux scolarisés à 3 ans est faible. En 2005, l'Insee concluait de même. De leur côté, des enseignants mettent en avant la possibilité offerte par la scolarisation précoce de repérer des difficultés - notamment comportementales- et de les " signaler ". Ainsi, certaines aides mises en place très tôt auprès des enfants et de leurs familles - suivi psychologique, rééducation, orthophonie, etc.-, peuvent les " sauver " d'un échec certain. Agnès Florin, professeur en psychologie de l'enfant et de l'éducation à l'Université de Nantes, se montrait favorable, initialement, à la scolarisation précoce. Mais ses travaux plus récents concluent qu'on ne peut isoler la seule variable de l'âge, car d'autres paramètres tels que les pratiques éducatives, familiales et scolaires, entrent en jeu. D'autre part, pour Mme Florin, comme pour M. Macron, l'expression " enfant de deux ans " pose déjà problème : à cet âge, un trimestre de différence est très important en matière d'acquisitions.


Dans son livre " L'école à deux ans. Est-ce bon pour l'enfant ? ", l'ex-Défenseur des enfants, Claire Brisset, juge que la scolarisation précoce est porteuse, " dans les conditions actuelles ", de conséquences néfastes pour l'enfant, qui se traduiraient notamment par des réactions de solitude, d'inhibition et d'agressivité, et à l'adolescence en conduites dépressives, addictives ou violentes. Elle cite le linguiste Alain Bentolila, qui estime que " scolariser trop tôt, c'est renforcer le ghetto ". Selon lui, les enfants de 2 ans apprennent le langage entre enfants et disposent à l'entrée en CP de 300-350 mots de vocabulaire et non 900 à 1000 mots comme les autres. " Il n'est alors plus question d'entrer dans l'apprentissage de la lecture ", conclut-il. Enfin, selon le dernier rapport de l'OCDE, la conception française de la préscolarisation est trop proche de l'école et pas assez attentive à la psychologie du petit enfant.

Où en est-on en France ?
Un constat, d'abord : qu'on soit pour ou contre, la scolarisation des enfants de deux ans est en baisse. Le taux est passé de 35% en 2000-2001 à 24% en 2005-2006. La raison essentielle est malthusienne. Il a fallu privilégier les effectifs du mini baby-boom de 2000-2001 et, à ce titre, les 3-5 ans, ont été la priorité des maternelles tant sur le plan des locaux que des enseignants. L'accueil des 2 ans/2 ans1/2 reste une priorité essentiellement en ZEP et pourrait retrouver un taux supérieur dès lors que la génération du mini baby-boom aura été absorbée.

Le point de vue du psy
Interviewé en 2003 par Maif Infos, Marcel Rufo déclarait : " Tant que les enseignants auront 25 enfants par classe, ils ne pourront rien faire. Par exemple, si on s'intéresse à la scolarité précoce des petits à 2 ans, il faut une puéricultrice, un éducateur et un enseignant pour 10 enfants. Dans ces conditions, l'école peut remplir son rôle de prépa de maternelle, un peu comme les prépas aux grandes écoles. Si l'école devient un lieu de gratuité par rapport aux crèches, alors, je dis non. Ne donnons pas à l'Éducation nationale une mission qui n'est pas la sienne. "


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