Jeune femme rousse pétillante, Alexia Hollinger nous accueille dans sa boutique-atelier, rue Thérèse à Paris. L'endroit est agréable et très féminin. Des dizaines de sacs colorés, à pois, à fleurs, bicolores, de formes attrayantes (boules, cabas, bourse), ornent les étagères. A tel point qu'on a envie de les regarder de plus près, de les toucher et de les essayer. Il y a aussi des coqs dans la boutique d'Alexia : son signe astrologique chinois est devenu son emblème.
Cette jeune créatrice de 35 ans a étudié le stylisme au studio Berçot à Paris avant d'entrer chez Hervé Léger. "Les sacs, ce n'était pas une vocation, je voulais faire des vêtements, explique-t-elle. Mais nous étions trois chez Léger et nous nous sommes partagés le travail. Je m'occupais des accessoires pour les défilés." Lorsqu'elle quitte le couturier deux ans plus tard, elle sait qu'elle n'a pas envie de retourner dans une grande maison. "Le travail y est trop découpé, on se retrouve à être l'assistante de celui qui choisit les boutons !" Elle prend alors un job alimentaire et, avec la machine à coudre de sa mère, fabrique ses propres sacs dans son 35 m². D'abord pour ses copines, pour des mariages notamment. Pourquoi des sacs ? "C'est un objet en soi, à la différence du vêtement."
La chance du débutant
Le bouche-à-oreille fonctionne bien et Alexia démarche les acheteurs. "L'expérience chez Hervé Léger m'a appris à démystifier le milieu de la mode. Donc je n'ai pas hésité à frapper aux portes (Bon Marché, Franck & Fils...). C'était il y a 12 ans, à l'époque il n'y avait pas beaucoup de sacs en tissu pas trop chers. J'ai bénéficié de la chance du débutant !" Une débutante qui gère tout toute seule, des commandes aux livraisons. Comme l'affaire semble bien engagée, son père lui donne un coup de pouce et l'installe dans une boutique-atelier, rue Thérèse. Une occasion en or qui permet à la jeune femme, en quête d'indépendance, de s'affranchir de certaines contraintes financières. "J'ai pu commencer à jouer à la marchande avec mes créations" plaisante-t-elle.
Etre la plus libre possible
La matière de prédilection d'Alexandra est le tissu sous toutes ses formes : coton, toile enduite, velours, fausse fourrure... "J'ai une formation qui intègre les techniques du vêtement et de la maroquinerie. C'est ainsi que j'ai acquis la culture du tissu et la façon de le travailler. Le travail manuel est plus valorisé qu'avant. Je mets en avant cette expérience que tout le monde n'a pas."
Dès le départ, elle impose ses envies, et notamment un sac-bourse - pas mal copié depuis. "Lorsque j'ai débuté, c'était la mode du sac à dos et j'ai toujours refusé d'en faire !" Avec le temps, elle agrémente ses créations de broches, rubans, papillons, fleurs et même d'un étui pour mettre son ticket de métro... Des choix qui ne sont pas dictés par l'influence de la mode. "Je fonctionne au coup de cœur. Je ne me force jamais à travailler des couleurs ou des formes que je n'aime pas. J'ai choisi cette façon de travailler pour être la plus libre possible. Je suis confrontée à un tas de contraintes administratives donc dans mon travail créatif, je veux vraiment faire ce que j'aime."
Des pièces uniques
Douze ans après ses débuts, Alexia Hollinger maintient son cap. Sa petite entreprise, gérée avec sa collaboratrice Isabelle, se porte bien. Elle continue de réaliser la plus grande partie du travail à la main : "Aujourd'hui les clientes recherchent des choses uniques. Cela tombe bien ! On fabrique tout nous-mêmes sauf les grosses commandes. J'ai le souvenir d'avoir collé et repassé 800 petits nœuds".
Elle vend toujours ses sacs à des prix raisonnables (de 55 à 85 €) : "Mon but n'est pas de devenir une multinationale. Un sac n'est pas éternel, l'idée est qu'on peut en changer quand on veut !"