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Le Tea Time Mode avec Franck Sorbier : "La haute couture doit être en phase avec son époque"

Article par , le 09/02/2011 à 15h04 , modifié le 09/02/2011 à 15h21 0 commentaire

A quelques jours de sa présentation Haute couture, Frank Sorbier nous a reçu dans son atelier pour un entretien. Rencontre avec un couturier nommé récemment Maître d'Art par le Ministère de la Culture et de la Communication.

Comment choisissez-vous vos mannequins ?
Je cherche avant tout des filles racées, qui sont naturellement élégantes et qui comprennent le rôle qu'elles auront à jouer le jour J. Je suis aussi intéressé par une fille nouvelle qui n'aura pas encore de tics, que par une habituée qui a fait ses preuves et qui me sécurise. Je leur demande plus de présenter un modèle que de défiler, dans tous les cas, chez Frank Sorbier il n'y a pas de podium donc de réel catwalk.

 

Avez-vous des mensurations type ?
Nous travaillons sur des mannequins en bois dont les mensurations sont 85-62-92. Ces dernières saisons nous nous sommes rendu compte que les filles avaient du mal à remplir les vêtements. Je trouve très important qu'un mannequin habite une robe, d'autant que les récentes présentations sont proches du public. Il est aussi primordial que les femmes qui assistent à la collection puissent s'imaginer dans les pièces. Le mannequin doit faire rêver et susciter l'envie. Mais pour en revenir aux mensurations, j'avoue que j'ai toujours eu un faible pour les filles très grandes avec des jambes qui n'en finissent pas, des « femmes Giacometti ».

 

Comment travaillez-vous ?
En équipe restreinte dans un premier temps : 4 personnes en interne assistées de deux stagiaires au démarrage de la collection, puis s'y ajoutent 8 autres dans la dernière ligne droite. Il y a aussi 2 extérieurs pour des réalisations spécifiques, sans compter Isabelle et moi-même qui mettons nos mains à contribution.

 

Comment choisissez-vous le lieu du défilé ?
Ma démarche est celle de la rencontre, celle avec un lieu habité qui va être l'écrin de mes créations. J'ai beaucoup présenté dans des lieux de spectacle : à l'Opéra Comique, au Théâtre du Palais Royal, à Marigny, au Cirque d'Hiver, au Lido, dans des palaces : Le Meurice et le salon de l'Impératrice du Grand Hôtel Scribe. Mais aussi dans des lieux historiques : le Palais Galliera, La Chapelle des Beaux-Arts et en plein air dans le jardin de la Fondation Cartier. Tous ces lieux m'ont permis de théâtraliser les présentations et de faire de ces instants des moments d'exception.

 

Défilé haute couture Franck Sorbier

 

Avec une conjoncture « grisou », nous sommes revenus à des présentations plus intimistes, où la création reprend ses droits. Depuis trois saisons, nous sommes reçus gracieusement chez Sotheby's par Guillaume Cerutti, comme l'avait fait des années auparavant Maryvonne Pinault chez Christie's. Ces collections sont plus réalistes. Il faut faire rêver de près. « La Haute Couture doit être en phase avec son époque ».

 

Comment travaille-t-on dans la Haute Couture ?
C'est un monde feutré, où la discrétion est de mise, on ne communique jamais le nom de ses clientes. C'est une relation de confiance et d'intuitu personae. J'ai envie de dire qu'il faut que « la rencontre ait lieu ».
En ce qui concerne les modèles, il peut y avoir un monde entre une robe présentée et celle de la cliente. C'est le vrai exercice qui commence, une discussion sur le ou les modèles choisis, à quelle occasion la robe sera-t-elle portée ? Les chaussures qui pourraient s'assortir, les bijoux, etc. ?
C'est une nouvelle création qui naît, pas une réplique, une nouvelle aventure.
Le défilé n'est finalement qu'une proposition, une publicité.
La Haute Couture fait rêver et pendant quelques jours, Paris devient le centre du monde !

 

Défilé haute couture printemps-été 2007 Franck Sorbier

 

Quelles sont vos relations avec la presse ?
Dans ce métier, les rapports avec la presse sont extrêmement importants...
Dès le début, j'ai eu la chance de rencontrer des journalistes et des rédactrices qui m'ont suivi, supporté et encouragé, c'était en 1991. Je crois que c'est toujours le cas pour les nouveaux qu'elles découvrent, même si certains annonceurs ont pris le pouvoir dans les pages des magazines.
Chaque époque est l'occasion de nouvelles rencontres, là aussi, il faut que l'alchimie opère.
Chaque stade d'une carrière voit s'élargir le nombre de regards amis. J'ai souvent été comblé et récompensé par des articles intelligents et élogieux, j'ai parfois été blessé, mais la peine s'est toujours transformée en force. Créer oblige à une remise en question perpétuelle.
Le plus difficile c'est de durer par delà l'effet de mode. On en a vu passer des étoiles filantes...
Une collection qui marche en presse peut être une catastrophe commerciale et inversement.
Aujourd'hui avec Internet, on assiste à une véritable révolution, tout va plus vite, les comptes-rendus sont plus objectifs, il y a une vraie liberté pour parler des coups de cœur et aussi une grande soif d'information. C'est un terrain encore indépendant, mais pour combien de temps ?
Pour clore ce chapitre, j'ai le bonheur de dire que je suis extrêmement reconnaissant à toutes les personnes qui m'ont, par leur intérêt, aidé à passer le cap des 20 ans de mode dont plus de 10 ans de Haute Couture.

Vous vous diversifiez en créant des pièces en métal argenté, pouvez-vous nous en dire plus ?
Je fais des portraits à partir d'éléments disparates d'orfèvrerie (plateaux, manches de couteaux, fourchettes, pelles à tarte, salières...). J'ai une fascination pour le faciès. Ces œuvres ont été l'occasion de m'essayer à une forme différente de création et d'exprimer une autre facette de ma personnalité.
Mais pour en revenir à la Haute Couture, j'ai aussi fait des costumes de scène, ceux de la Traviata et des Contes d'Hoffmann, et aussi ceux des deux plus grandes stars francophones : Mylène Farmer et Johnny Halliday.
J'aime exercer des activités éclectiques, m'étonner et ne jamais m'ennuyer.

 
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