Sidonie, gardien de la paix : l'amour du risque

Article par Cyril-Claire COURNOYER , le 09/03/2006 à 16h30 , modifié le 13/11/2006 à 09h25 0 commentaire

Sidonie a 28 ans. Depuis 3 ans, elle est gardien de la paix dans un commissariat des Yvelines. Rencontre.

Quand avez-vous décidé de devenir gardien de la paix ?
A 21 ans, j'avais déjà occupé plusieurs fonctions à l'usine ou dans la restauration. Je me sentais toujours décalée par rapport à mes collègues. Je me disais : " soit je suis trop vieux jeu, soit je porte vraiment une trop grande importance au respect ! " Mais c'est vrai que je n'adhérais pas à leurs penchants constants pour la rébellion, leur manque d'éthique. Fumer des joints, dégrader des choses pour rire... Alors j'ai pensé à m'engager dans la police, naturellement.

Quelle a été la réaction de vos proches ?
Mes parents étaient contents mais ils ont préféré attendre de voir si j'allais réussir à passer le concours. Quant aux connaissances de mon village, beaucoup m'ont traitée de balance ou de traître, ils ne comprenaient pas mon choix, ce qui n'a pas été facile.

A quoi ressemble votre quotidien ?
Je travaille la nuit. J'arrive au commissariat vers 21h, je prends la relève et échange des informations avec ceux que je remplace. Ensuite, je pars en patrouille pour des interventions diverses. Cela va du contrôle routier aux interventions d'urgence, telles des suicides ou des règlements de bagarres. Je préfère travailler la nuit car c'est un moment que j'aime bien, et le travail est plus intéressant. Il y a moins de vols à l'étalage ou de délits mineurs.

Votre métier est il différent de ce à quoi vous vous attendiez ?
Durant nos cours et nos stages, on nous prépare à la dureté de cette profession. C'est un métier à risques, on le sait et on l'a choisit pour cette raison. Toutefois, découvrir des pendus ou des gens qui se jettent sous un train, on n'y est jamais vraiment prêt. Il y a peu de soutien psychologique dans cette profession parce qu'on prend pour acquis qu'on s'est fait une carapace, mais c'est parfois difficile. D'un autre côté, il y a cette adrénaline qui en fait un métier passionnant, on ne connaît jamais le dénouement des situations qu'on vit, et ça, c'est unique. D'autre part, il y a toujours beaucoup de papiers à remplir, il faut tout observer et tout noter. Cela prend beaucoup trop de temps, mais c'est nécessaire.
Aussi, vous ne trouverez jamais de locaux aussi nickels que dans la série " Julie Lescaut ", les commissariats sont beaucoup plus gris et tristes que le sien !


Arrivez-vous à concilier une vie de famille avec un métier si particulier ?
Mon ami est aussi dans la police, mais c'est une coïncidence, je pense qu'il aurait pu exercer n'importe quel autre métier. A la maison, nous évitons de parler trop du travail, même si parfois il est agréable de nous décharger d'une charge émotionnelle trop grande. Echanger sur des situations semblables constitue un excellent exutoire. Quant aux enfants, je n'en ai pas encore, mais je pense que c'est tout à fait conciliable, même avec des horaires de nuit ! En effet, tant qu'on peut s'organiser avec les horaires du papa, je pense qu'il n'y a aucun problème !

Comment avez-vous vécu la crise des banlieues ?
Il y a eu de nombreuses voitures incendiées dans le secteur de mon commissariat mais pas d'affrontements. Je sais cependant que des collègues ont trouvé ça très éprouvant, surtout le fait d'être pointés du doigt par les médias et d'être quasiment accusé de violences alors qu'ils étaient caillassés des heures durant !

Le fait d'être une femme dans un métier majoritairement masculin est-il difficile ?
Il y a parfois des situations délicates. Par exemple, lorsque nous rencontrons un groupe, ce dernier va systématiquement s'en prendre à celui qui a l'air le plus faible. Donc, dans la majorité des cas, à moi qui suis une femme. Certaines personnes ne m'adressent pas la parole quand je leur parle. Ils répondent systématiquement à mon collègue. Mais bon, avec le temps, je m'habitue à ces comportements.

Votre uniforme change-t-il les regards que l'on porte sur vous ?
Je suis surtout repérée plus rapidement ! Les rapports que la police entretient avec les gens est très ambigu : publiquement les gens sont méfiants vis-à-vis de nous, mais ils sont bien contents de nous avoir. Il y a 10 ans, on était très rarement appelés pour tapage musical par exemple. Les gens allaient voir leur voisin et lui demandaient de baisser le volume. Aujourd'hui, plus personne ne se parle. La communication est devenue si ardue que la police est tout de suite sollicitée. Bref, on connaît une vraie relation attrait-répulsion avec les gens, c'est très étrange. Malgré tout, chaque soir quand je prends mon service, je réalise que j'aime vraiment mon travail.

 
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.

VOS RÉACTIONS

Vous devez écrire un avis



de Plurielles
SUR LE
    Plus de discussions sur le Plurielles.fr »
    logAudience