Plonger dans l'art avec Stéphanie

Article par Sandrine Leveugle , le 08/12/2005 à 18h32 , modifié le 14/06/2006 à 17h01 0 commentaire

Originaire d'un petit village des Vosges, rien ne prédestinait Stéphanie Bernardin à évoluer dans les musées et à partager sa passion avec le grand public. Au gré des rencontres et des coups de coeur, cette guide-conférencière s'est forgée une conception originale de son métier : " J'aime sentir la synergie avec les visiteurs ".

Une visite particulière
Galeries Nationales du Grand Palais à Paris. Le public se presse pour admirer les œuvres de Klimt, Kokoschka ou Schiele. Une jeune femme blonde et plutôt fluette s'approche d'un groupe : elle sera leur guide le temps de la visite. D'une voix énergique et avec de multiples gestes, elle prend rapidement la mesure du groupe. Elle ne décrit pas l'exposition, elle la vit, veut la faire vivre à son auditoire. On se croirait (presque) au théâtre. Surpris au début par cette guide conférencière peu académique, son public boit rapidement ses paroles et obéit à ses ordres (" il y a trop de monde, on va suivre l'exposition à l'envers, suivez-moi ") sans rechigner. A la fin de la visite, les visiteurs se découvrent des envies d'en savoir encore plus sur Klimt ou sur l'effervescence culturelle de Vienne autour de 1900. Objectif atteint pour Stéphanie Bernardin...

Une vocation née à l'internat
Lorsqu'elle intègre l'école du Louvre à l'âge de 18 ans, Stéphanie Bernardin n'a jamais mis les pieds à Paris, et encore moins dans un musée. Cette Vosgienne se souvient du traumatisme de l'examen d'entrée dans cette prestigieuse institution : " Je me sentais terriblement paysanne. J'avais grandi dans un lieu où il n'y avait rien à 30 kilomètres à la ronde. " Sa seule certitude à cette époque : elle est particulièrement à l'aise à l'oral, elle adore raconter des histoires. " Je détestais l'école, jusqu'à 18 ans je me suis ennuyée. En histoire-géo, je faisais semblant de dormir mais en réalité, à la fin du cours j'avais tout retenu. Et le soir, pendant mes quatre années d'internat, je refaisais le cours pour mes camarades, je leur racontais des histoires. " Avec un clin d'œil, elle avoue que c'était pour elle une façon très égoïste d'apprendre ses leçons...


La découverte de l'Art
Stéphanie rend hommage à son professeur de philo au lycée : " C'est lui qui m'a sauvée. Un jour, sur un de mes bulletins il avait écrit : " au royaume des aveugles la reine est borgne ". Avec ma sœur Rachel, ils m'ont poussée à préparer l'examen d'entrée à l'école du Louvre. " Elle potasse les annales de l'épreuve, fait le plein de culture générale, et réussit l'épreuve. L'école est faite pour elle : " on n'est pas censé connaître quoi que ce soit à l'art en y entrant. L'enseignement a pour but de vous formater en quatre ans. On commence par le paléolithique, on va jusqu'au XXème siècle, il faut tout apprendre par cœur. " Elle ne comprend rien à son premier cours : incapable de prendre des notes, elle sort en pleurs, déprimée. Heureusement, dans sa promo elle rencontre Anne, " une fille super ". Le binôme se rend tous les jours au Louvre et apprend ses cours devant les œuvres. " Je remercie ce système de formation ouvert à tous et qui, aujourd'hui, me permet de donner l'impression d'avoir baigné dans l'histoire de l'art depuis l'enfance. "

Les premiers mois à Paris
Quand elle arrive dans la capitale en 1996, c'est l'époque des vaches maigres : " La première année, on ne bouffait rien, on n'allait pas au cinéma. " Il lui faut réussir à tout prix, elle n'a pas le choix, remerciant au passage ses parents qui ont toujours été là pour elle : " Ils étaient prêts à se sacrifier, c'était mes études avant tout. " En quittant les Vosges, Stéphanie est confrontée à des milieux sociaux très différents du sien : " J'avais l'impression d'être une handicapée, je côtoyais des gens qui avaient des livres chez eux, qui fréquentaient les musées. " Une autre rencontre va alors compter pour elle, avec un ami qui sera un temps son copain : " sa famille avait ce fond culturel qui me manquait. Lui m'encourageait, était très fier de moi, c'est grâce à lui que je travaille aujourd'hui pour Clio*. "

*Clio, agence spécialisée dans les voyages culturels, réunit autour d'un conférencier un petit groupe de voyageurs pour découvrir des itinéraires hors du commun. Pour être guide chez Clio, Stéphanie est passée par une sélection difficile. Spécialisée dans la culture allemande après un stage de trois mois dans un musée de Dresde, elle accompagne régulièrement des groupes en croisière de Berlin à Prague.
http://www.clio.fr


Devenir guide
Lorsqu'on lui demande quelle est la première œuvre qui l'a faite vibrer, Stéphanie Bernardin continue à surprendre par sa réponse : " Ma première émotion est venue d'un professeur merveilleux et de son cours sur le néo-classicisme ". Elle tombe amoureuse de l'œuvre de David, se passionne également pour la Renaissance, " le monde qui s'ouvre ". A l'occasion du passage d'un examen oral, ce même professeur est le premier à lui dire qu'elle a une approche personnelle de l'œuvre à commenter. Puis une nouvelle rencontre va décider de son futur métier : " J'ai visité une exposition avec une conférencière formidable, belle, qui présentait sans notes et parlait avec beaucoup de passion : c'était celle que je voulais devenir. "

La synergie avec le public
Stéphanie est avant tout fascinée par le public, les paires d'yeux face à elle : " Je veux leur faire comprendre que tout ce qu'il y a au mur, ce sont des couleurs et des lignes. Qu'ils réussissent à avoir des émotions en oubliant tout le reste. " Dans ses présentations, elle joue énormément sur la sincérité et sur le rythme : " je plonge dans l'œuvre au moment où les gens ne s'y attendent pas, pour les surprendre. " La conférencière ne prépare jamais de texte, ne s'appuie sur aucun papier pour animer ses interventions : " J'improvise, j'aime sentir la synergie avec les visiteurs, c'est comme s'ils m'envoyaient des ondes. " Un grand rire, et elle lâche : " c'est mon côté autoritaire qui ressort : d'une certaine façon je les tiens. "

L'Art, un autre monde
Dans un musée, Stéphanie Bernardin se sent bien : " Face à l'œuvre, le monde peut s'écrouler, je suis bien. " Elle qui se définit comme une " handicapée du quotidien " (elle est capable d'acheter trois fois sa carte Orange pour le même mois) est comme un poisson dans l'eau au milieu de tableaux, capable de gérer un groupe trop important ou de faire avec une collègue trop proche d'elle : " dans mon métier, je suis gonflée, je n'ai peur de rien. " Après des débuts difficiles (" Quand j'avais 600 € par mois, j'étais riche ! "), Stéphanie décide de s'installer en indépendante. A son compte depuis deux ans, elle continue à se former en permanence (elle prépare une conférence sur Le Caravage, peintre italien) et se ruine en bouquins et autres catalogues d'expositions : " je suis une bibliothèque ambulante. Je me souviens du jour où j'avais acheté le catalogue de l'expo que je devais commenter 65 €, alors que j'étais rémunérée 60 € ", s'amuse-t-elle. " Mon challenge actuellement, c'est de préparer une conférence en dépensant le moins possible. Mais je suis encore capable d'animer des conférences aux quatre coins de l'Ile de France, qui ne durent qu'une heure 30 mais qui me prennent 2 heures pour y aller... Comme quoi, le principe de réalité n'est toujours pas ancré dans la manière de gérer mon agenda !"

 
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