Odile, 30 ans de maternelle

Article par Cyril-Claire COURNOYER , le 11/12/2006 à 16h49 , modifié le 13/12/2006 à 11h40 0 commentaire

Chaque année, Odile accompagne les tout-petits dans leurs premier pas à l'école. Depuis 30 ans, cette institutrice leur fait la classe et nous raconte ce qui lui plait tant dans ce métier.

Maîtresse d'école... un rêve pour beaucoup de petites filles. Etait-ce le vôtre également ?
Je me souviens que dès que j'ai su lire, j'ai découvert des livres sur l'Afrique noire chez ma grand-mère. Ces ouvrages me fascinaient et je n'avais qu'une idée en tête : faire la classe aux petits Africains. Adolescente, j'ai oublié ce projet, et ce n'est qu'après le bac que l'idée d'enseigner m'est revenue.

Comment se sont déroulés vos débuts ?
C'était dans les années 70, j'ai commencé par être suppléante puis il y a eu l'ouverture d'une école maternelle dans ce village des Yvelines en 1977... où je suis encore, trente ans plus tard !

En trente ans, les enfants ont-ils changé ?
Oui. Ils sont de plus en plus sollicités par la télé, les jeux... leur environnement sonore est plus bruyant qu'avant. Quand je m'adresse à eux, je dois le faire en précisant leur prénom, sinon, ma voix fait partie du bruit ambiant et ils ne se sentent pas concernés par mes propos. Ils sont moins attentifs qu'avant.

Comment expliquez-vous cela ?
Je pense que leurs parents travaillent plus, et par culpabilité, consciente ou non, ils les gâtent davantage le week-end. Ce qui fait que les enfants ont font plus à leur tête qu'il y a trente ans! D'un autre côté, on les sent bien plus éveillés. Ils sont aussi plus autonomes, plus curieux et plus ouverts.

De son côté, l'école a-t-elle également changé ?
Bien sûr. L'éducation nationale fournit maintenant des programmes précis selon telle ou telle classe. Je trouve qu'il est dommage de ne pas pouvoir davantage suivre le rythme des petits, mais il y a tant à apprendre ! Si nous pouvions avoir des classes de 15 élèves, plutôt que 30, 32, ce serait l'idéal. Car on doit souvent presser les enfants et ça me fend le cœur. Les parents n'ont pas non plus la même attente de l'enseignement qu'il y a trente ans. Ils ont moins de temps à accorder à l'éducation de leurs petits, et souhaitent que ces derniers apprennent tout à l'école. La lecture, la calcul...  au même titre que faire les nœuds de leur lacet ou boutonner leur gilet ! Les mamans qui travaillaient dans les années 70 étaient beaucoup plus rares qu'aujourd'hui. Il n'y avait d'ailleurs pas de cantine, tous les enfants déjeunaient chez eux.


Avez-vous déjà enseigné dans d'autres classes ?
Oui, au CE1, CM1, CM2... mais je préfère les maternelles. Le programme est moins strict, je peux apporter un peu de créativité. On doit sensibiliser les enfants sur un tas de domaines, nous créons ensemble mille et une choses. Ce qui me plaît le plus c'est ce chemin vers la découverte.

Les filles et les garçons sont-ils déjà différents à cet âge ? 
Oui, même si les différences s'amoindrissent plus tard. Mais les filles adorent dessiner, alors que les garçons sont plus dans la construction. Ces derniers ont plus de mal à faire deux choses en même temps, alors que ça ne pose pas de problème aux filles.

Est-il difficile d'aimer de la même façon tous vos élèves ?
J'arrive toujours à leur trouver un côté attachant, même aux plus dissipés. Enseigner longtemps dans la même école est très agréable, car je revois certains de mes anciens élèves et j'ai même déjà eu la fille de l'un d'entre eux en classe !

Quel aspect vous plaît le moins dans cette profession ?
Peut-être de devoir répéter les choses constamment, mais ça fait partie de l'apprentissage.

Et ce qui vous motive le plus ?
La spontanéité des enfants, ainsi que la confiance qu'ils nous donnent d'emblée. Aucun adulte ne peut faire cela. Ce métier fait partie de moi. Je ne suis jamais venue travailler à reculons. Faire la classe aux enfants me paraît si naturel... que je ne fais toujours pas le lien entre le salaire que je gagne et mes journées passées à leur côté !


 
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