Milana : ne pas oublier la Tchétchénie

Article par Cyril-Claire COURNOYER , le 18/10/2006 à 16h44 , modifié le 15/11/2006 à 11h28 1 commentaire

Malgré ses 26 printemps, l'histoire de Milana est déjà marquée par deux guerres. Étudiante à Paris depuis trois ans, cette jeune Tchétchène raconte dans son poignant Danser sur les ruines, le quotidien sur cette terre d'éternels conflits.

Quand on rencontre Milana, on a l'impression d'avoir devant soi une vieille âme. Malgré la finesse de ses traits et la douceur de son regard, la jeune femme dégage une force et une maturité époustouflantes. Si, depuis la sortie de son livre autobiographique Danser sur les ruines, elle enchaîne les interviews et ne cesse de raconter son pays, il n'en demeure pas moins une vraie émotion quand elle évoque sa Tchétchénie chérie, brisée par d'incessantes guerres.

" On peut toujours agir "
Grâce à l'association Etudes sans frontières, Milana est en France depuis 2003. Après avoir étudié à Sciences-Po, elle retourne vivre à Grozny en novembre. " Mon séjour a servi à ce que je parle de mon pays. Les étudiants français connaissaient un peu l'enfer que nous subissons là-bas, mais la majeure partie de la population l'ignore. Ils ont vu des images terribles de Beslan, quand un commando tchétchène a pris en otage des centaines d'adultes et d'enfants dans une école. Mais ils n'ont pas vu à quel point mon peuple a été horrifié par ce drame. Nous étions tous dans la rue à exprimer notre colère, notre désapprobation. L'horreur en fait était de réaliser que certains d'entre-nous avaient agi avec la même barbarie que celle employée par les soldats russes sur nos terres. "
Et si le conflit russo-tchétchène a l'air de laisser indifférents les chefs d'états du monde entier, Milana se refuse à tout fatalisme.

" Beaucoup de gens me disent qu'ils ne peuvent rien faire. Mais si, on peut toujours faire quelque chose ! Etudes sans frontières est né d'un projet d'étudiants bénévoles. Grâce à la volonté et au courage de cette poignée de persévérants, cette association fait venir en France des dizaines de jeunes dont le pays est en guerre. Puis la France est une terre démocratique, on peut toujours faire pression sur ses dirigeants ! Ces derniers ne veulent pas se fâcher avec Vladimir Poutine à cause du gaz et du pétrole, mais il faut garder en tête que la Russie aussi a besoin de la France ! "


" Le pire serait l'oubli "
Si les camps de filtration et les rafles persistent, la " vraie guerre " n'a plus lieu. Plus officiellement. Mais selon Milana, ce qui se passe actuellement est encore plus dangereux. " Avant, les gens se parlaient. Maintenant, ils ont peur. Peur des délations, fondées ou non. Il y a peu de temps, les soldats russes tuaient ou emprisonnaient au hasard. Les victimes sont désormais plus ciblées. Cette bataille-là est encore plus horrible, car plus insidieuse. " La jeune Tchétchène parle dans un français parfait. Elle a d'ailleurs écrit son livre dans la langue de Molière. Elle nous confie que sa mère a peur depuis qu'elle connaît l'existence du récit de sa fille. " Elle me dit que ça ne sert à rien. Je crains pour ma famille car en Tchétchénie, ce sont les proches qui sont souvent punis. Malgré tout, je sais que témoigner est nécessaire. Le pire serait qu'on nous oublie. "

Son projet : aider les autres Tchétchènes
Dès son retour à Grozny, Milana compte s'occuper d'un centre culturel européen. Un projet financé par des institutions européennes et non pas par une ONG. " Les jeunes de là-bas ont besoin d'une fenêtre ouverte sur le monde. On y trouverait une vidéothèque, des cours de langues et d'informatique, ou bien encore une bibliothèque. Des philosophes et des intellectuels de toute l'Europe viendraient y donner des conférences. Je pense que cette ouverture vers l'extérieur est très importante pour la jeunesse tchétchène. Malgré la propagande et la corruption subies en Tchétchénie, la fatigue des deux dernières guerres et l'indifférence quasi générale, il reste chez mon peuple un refus de résignation. Sinon, on deviendrait fou. Notre force réside dans notre solidarité et dans notre foi en l'avenir. Cela nous aide à vivre. " Le regard de Milana se pose soudain au loin. En un instant, on la sent repartie vers la terre de ses racines. Son visage est traversé par une ombre de tristesse, puis d'espoir. Nous, on se sent alors un peu Tchétchène.

Danser sur les ruines, de Milana Terloeva, Hachette Littératures, 18 euros


 
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  • Vizirov, le 21/05/2009 à 18h15 : Dal dekhal oela x1o Milana!


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