Les merveilleuses rencontres d'Anne-Sophie Mauffré

Article par Karin DANJAUME , le 09/01/2006 à 17h57 , modifié le 09/01/2006 à 18h18 0 commentaire

A l'aube de ses 30 ans, elle a tout largué du jour au lendemain pour un tour du monde qui a changé sa vie. De retour à Paris, elle édite un carnet de route intitulé "Recontres". Elle revient pour nous sur cette expérience.

"Toute petite, j'avais une amie tortue. On m'avait raconté que sur une île - les Galapagos - elles vivaient par centaines et très vieilles (plus vieille que mon arrière grand-mère). Je me disais que quand je serai grande, je vivrais là-bas." Voilà où commencent les rêves. Celui d'Anne-Sophie Mauffré consistait à aller voir ces fameuses tortues. Son trajet a pris la forme d'un tour du monde qu'elle relate dans un carnet de route intitulé Recontres.

Elle s'y livre avec tellement d'authenticité qu'on a l'impression de la connaître depuis longtemps. Le tutoiement est donc immédiat lorsqu'on la rejoint à une terrasse de café ensoleillé par une belle matinée estivale. Très attachante, elle parle spontanément. Près de trois ans après son tour du monde, elle est capable de se remémorer les moindres détails de son aventure. "Je suis partie juste après les attentats du 11 septembre 2001. Ma grand-mère, dont j'étais très proche, était décédée et les Galapagos subissaient une catastrophe écologique. Mon rêve m'a rattrapé et j'ai ressenti comme une urgence. En une semaine, j'ai posé une année sabbatique auprès de mon employeur et emprunté 15.000 euros à ma banque pour partir... moi qui n'avais quasiment jamais voyagé de ma vie."



Le hasard des rencontres

Enfants en Turquie
A.S. Mauffré - DR
"Je n'avais rien planifié. Je voulais être libre pour voyager." Elle choisit de partir en train de la gare de l'Est : "C'est de là que je partais pour aller voir ma grand-mère". Elle embarque avec un billet pour la Turquie, sa carte bancaire et son passeport. But de cette première étape : retrouver trois enfants rencontrés alors qu'elle était partie "aider" après le tremblement de terre de la région d'Izmit en 1999. Autant chercher une aiguille dans une meule de foin. Elle traverse l'Europe durant trois jours pendant lesquels elle a le temps de rêver, de regarder, de voir les paysages et les visages changer... une introduction au voyage en somme.

Une fois sur place, petit miracle : Anne-Sophie parvient à retrouver ces enfants et leur famille. Souvenir indicible qui lui donne encore la chair de poule rien qu'à l'évoquer. "C'était une émotion énorme quand ils ont compris que j'avais voyagé trois jours pour les retrouver. Ce que je retiens de cela c'est que lorsque on y croit, on y arrive. Il n'y a pas de hasard dans les rencontres quand on se met totalement à nu."



Un voyage initiatique

Ile de Pâques
A.S. Mauffré - DR
La suite la conduit en Iran, au Népal, en Inde, au Vietnam, au Cambodge, en Malaisie, au Chili et à l'Ile de Pâques, en Bolivie et enfin au Pérou. Un voyage d'un an, prétexte à découvrir le monde mais surtout à se découvrir soi. Le récit d'Anne-Sohie mêle habilement observation sociale (la pauvreté, la place des femmes dans certaines sociétés, la corruption...), écologique et quête personnelle. Elle explique sa difficulté d'être simplement touriste alors qu'elle se voulait nomade. "Ma définition du voyage : être nulle part et non pas juste arriver quelque part." On comprend que ce voyage a aussi été initiatique. Elle y a vécu des émotions pures et s'est totalement laissée transporter par celles-ci.

Mais la route a dû s'arrêter un jour après une ultime étape symbolique aux Galapagos : histoire de boucler la boucle et de tenir sa promesse.



Tout larguer pour vivre sa vie

Comment revient-on d'un tel voyage ? "J'ai beaucoup changé. J'ai mis des limites à mon entourage - chose que je ne faisais pas auparavant - et j'ai recentré ma vie sur l'essentiel." Elle poursuit : "Vivre d'amour et d'eau fraîche pendant un an m'a donné confiance en l'homme. J'ai développé une aptitude au bonheur et une intolérance face à des situations frustrantes."

Dès son retour à Paris, elle se réintègre grâce à son travail. "J'ai repris ma vie sans problème mais au bout d'un an ça m'a fait peur. J'avais tout largué - carrière, famille, amis - pour vivre ma vie. Je n'avais quand même pas fait ça pour rien !" Surtout que l'envie de devenir photographe la dévore. Elle quitte son travail et suscite l'incompréhension de son entourage. "J'ai eu l'impression que les gens ne comprenaient pas que je faisais ce choix pour être heureuse et libre."

Mineur - Anne-Sophie Mauffré
A.S. Mauffré - DR
Elle fait le tour des agences avec les photos qu'elle a prises pendant son voyage. Et se heurte à leur refus doublé d'un certain cynisme - qui s'intéresse à la vie de ces populations situées de l'autre côté du globe ? La désillusion est terrible mais Anne-Sophie ne peut pas en rester là. Elle veut rendre hommage à tous ceux qu'elle a rencontrés et qui lui ont tant donnés. "Je leur devais ça. Ils m'avaient accueilli chez eux. A mon tour de leur faire une place dans mon pays. J'ai changé grâce à eux : ils m'ont ouvert à la vie. Je ne pouvais pas les abandonner." Elle s'attelle alors à la rédaction de son récit, grâce aux petits carnets qu'elle a noircis pendant un an. Elle l'illustre avec ses propres photos et décide de publier le livre à ses frais en auto édition. Un pari fou qui lui permet aujourd'hui de nous livrer cette tranche de vie extraordinaire.

 
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.

VOS RÉACTIONS

Vous devez écrire un avis



de Plurielles
SUR LE
    Plus de discussions sur le Plurielles.fr »
    logAudience