C'est la fin d'un calvaire de 2321 jours exactement. 2321 jours qu'Ingrid Betancourt a passés dans la jungle, retenue par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). La Franco-colombienne avait été enlevée le 23 février 2002 alors qu'elle s'apprêtait à se présenter aux élections présidentielles. Créatrice du parti Oxygeno Verde et élue sénatrice en 1998, Ingrid Betancourt était déjà un symbole d'audace et d'action dans son pays. Aujourd'hui, après plus de six années passées en captivité pendant lesquelles elle était le symbole des otages retenus par les FARC, elle devient une icône de la liberté.
C'est peu après 21h, mercredi, que la Colombie a annoncé la libération d'Ingrid Betancourt, ainsi que de trois otages américains et onze militaires colombiens. Une heure plus tard, c'est elle qui mène le groupe d'otages nouvellement libérés qui vient d'atterrir sur la base militaire de Catam, près de Bogota en Colombie. Bien qu'amaigrie, Ingrid Betancourt est rayonnante et offre au regard des autres un sourire étonnant. Sur place, elle est accueillie par sa mère, Yolanda Pulecio et son mari, Juan-Carlos Lecompte.
Cette libération est évidemment un soulagement intense pour ses proches et notamment ses deux enfants, Mélanie et Lorenzo qui, depuis l'enlèvement de leur mère, n'ont pas cessé de garder espoir et de mobiliser le grand public pour accélérer d'éventuelles négociations. Ils étaient tous les deux, avec Astrid la sœur d'Ingrid Betancourt, autour du Président Nicolas Sarkozy après l'annonce de cette heureuse libération. C'est "une immense joie, une joie indescriptible" pour le jeune Lorenzo, tandis que sa sœur Mélanie, "manque de mots". Nicolas Sarkozy a annoncé mercredi qu'un avion avait été spécialement affrété pour les conduire à Bogota où, accompagné du ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, ils pourraient enfin serrer dans leurs bras celle qu'ils ont continué à appeler "Maman" pendant ces longues années.
Dès son arrivée, Ingrid Betancourt a octroyé une longue interview, s'exprimant en espagnol avec quelques passages en français : "J'ai l'impression de revenir d'un voyage dans le passé, d'une époque préhistorique (...) Merci la Colombie. Merci la France. Nous les Colombiens, nous savons que nous avons des frères de l'autre côté de l'Atlantique".
Cette libération réjouit non seulement la famille d'Ingrid Betancourt, mais également l'ensemble des personnes qui ont lui témoigné leur soutien tout au long de ces années. Le comité de soutien a annoncé qu'un rassemblement est prévu jeudi à Paris sur le parvis de l'hôtel de ville. A partir de 17h et pour une "bonne partie de la nuit", tous ceux qui ont gardé espoir pourront se retrouver devant le grand portrait d'Ingrid Betancourt qui avait été affiché. Un mot pourra désormais y être accroché : Liberté.