Interview de Nathalie Kosciusko-Morizet (version texte) : "nos libertés sont à conquérir tous les jours"

Retrouvez la version texte de l'interview exclusive que nous a accordée Nathalie Kosciusko-Morizet à l'occasion de la Journée de la Femme.

Nathalie Kosciusko-Morizet

Plurielles : Dimanche 8 mars se déroule la Journée de la Femme. Quelles valeurs symboliques lui associez-vous ? Que représente t-elle à vos yeux ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : C'est l'occasion de réveiller un certain nombre de sujets qu'on aimerait plus vivants tout au long de l'année, et qu'on peut relancer à l'occasion de la Journée de la Femme : l'égalité salariale, l'éducation des filles, notamment dans les pays en développement, les violences conjugales, tous ces sujets qui devraient être des sujets de mobilisation quotidienne mais qui trouvent un relief particulier à l'occasion de la Journée de la Femme, c'est sûr.

Cette année, le thème de la Journée de la Femme est « Egalité, Parité, Réalité », quels sont selon vous les combats qu'il reste à mener pour atteindre cet objectif ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Pour moi le combat, c'est beaucoup celui de la qualité de ce qui est proposé aux uns ou aux autres. Le terme d'égalité, comme le terme de parité, est parfois un terrain un peu trompeur parce qu'on pense en terme quantitatif, on pense en terme de nombre, combien de femmes il y a ici ou là, mais moi je veux poser la question de la qualité de ce qu'il leur est proposé aussi. Par exemple, je parle dans le milieu politique, on a beaucoup posé la question du nombre de femmes présentes dans le milieu politique. Enfin, ce n'est pas seulement la question du nombre, il y a des postes de pouvoir et des postes qui ne sont pas des postes de pouvoir dans le milieu politique.

Quand vous êtes dans une ville, quand vous êtes dans une Mairie, vous avez des postes qui sont plus ou moins importants. Quand vous êtes dans un exécutif, quand vous êtes dans une collectivité territoriale, vous avez des postes qui sont plus ou moins importants. On a fait la parité par exemple dans les Conseils Régionaux, oui, on a fait la parité dans le Conseil, mais alors dans les exécutifs et dans l'importance de la représentation sur les postes véritablement décisionnaires des exécutifs régionaux, c'est pas la même chose. Donc moi ce serait peut-être ça mon centre d'intérêt un petit peu particulier, c'est-à-dire non seulement il faut raisonner en terme de nombre mais il faut voir aussi ce qu'il y a derrière les nombres.

Plurielles.fr : Vous parliez de parité dans le gouvernement. On sait que Nicolas Sarkozy l'a souhaitée au moment de la constitution de son gouvernement. En pratique, y a t-il des différences entre une femme politique et un homme politique ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Dans le comportement vous voulez dire ?

Plurielles.fr : Oui, dans le comportement, la communication...

Nathalie Kosciusko-Morizet : Moi j'aime pas trop le discours sur la différence entre les hommes politiques et les femmes politiques, et sur les différences entre les hommes et les femmes en général, parce le problème, c'est qu'on commence par vous dire que vous êtes différents, que les femmes sont plus ceci, les hommes sont plus cela... vous savez, les femmes viennent de Vénus, les hommes viennent de Mars, et puis après on vous explique - c'est pour vous faire avaler la pilule en général - que comme vous êtes différente, vous êtes tellement plus formidable, puisque vous êtes une femme, vous êtes plus ceci, plus cela, et donc on va plutôt vous confier ça, et vous vous retrouvez aux crèches, à la vie familiale, c'est très intéressant mais on est pas forcément toutes faites pour ça.

Je trouve qu'il y a parfois un peu de perversité, il y a quelque chose parfois d'un petit peu tendancieux qui se cache derrière le discours sur la différence. On explique que les hommes et les femmes sont différents, les femmes ont tellement de qualité en plus, que du coup on va leur faire quelque chose de différent aussi comme proposition, et à ce moment là on vous enferme. Le discours sur la différence, il peut être une prison. Or, moi, je suis pour la libération de la femme, et je trouve que ce sont des libertés qui sont à conquérir tous les jours et que le discours sur la différence n'y conduit pas nécessairement.

Ceci dit, c'est vrai qu'il y a dans la pratique malgré tout des tendances qui s'expriment, qui pour moi sont liées au fait notamment qu'à certains âges de la vie, les femmes ont des arbitrages beaucoup plus brutaux à faire entre vie professionnelle, vie familiale et vie personnelle. C'est vrai en particulier lorsque vous êtes dans la politique, où ça se passe aussi le soir et le week-end. Il y a vraiment des arbitrages très brutaux avec la vie personnelle et donc les femmes sont moins portées à la vanité des petites choses de la vie publique, passer des heures dans des réunions qui servent pas forcément à grand chose. En politique, elles ont tendance à un certain âge à décrocher plus vite, quand il faudrait s'accrocher, parce que passer tous ses week-ends sur des marchés, ou dans des réunions sans fin quand il y a des enfants qui attendent à la maison, c'est dur quoi.

Plurielles.fr : Existe t-il une forme de solidarité entre les femmes du gouvernement ? Comment s'exprime t-elle ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Il peut exister une certaine forme d'intimité sur de sujets sur lesquels les femmes se parlent plus facilement mais dans une assemblée humaine de 12, 15, 30, 40 personnes, il y a surtout des affinités qui vous conduisent vers telle ou telle femme ou tel ou tel homme, et pas forcément entre les femmes entre elles ou les hommes entre eux. Je ne crois pas beaucoup à la solidarité systématique entre femmes. Parfois, il y a une espèce d'intimité, d'échange qui se créé plus facilement mais c'est rarement une règle générale, une règle de genre en quelque sorte.

Plurielles.fr : Quelle femme politique admirez-vous le plus aujourd'hui dans l'histoire de la vie politique française ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Vous savez, le problème pour une femme qui fait de la politique, c'est qu'il y a tellement peu de femmes en politique, qu'il n'y a pas véritablement un très grand choix, un très grand panel, il y a les figures toujours, la figure de Simone Veil, des gens comme ça, mais il n'y a pas un très très grand panel comme ont le hommes. Vous comprenez par exemple, les hommes politiques, ils aiment tous écrire des livres sur tel homme politique, c'est une espèce de parcours initiatique et fondateur chez l'homme politique, on écrit un livre sur un homme politique, ce qui est une façon  de montrer son ancrage dans l'histoire, son enracinement, d'aller suggérer un modèle aussi ou un lointain écho.

Les femmes politiques, vous n'avez pas beaucoup de filiation possible. Vous pouvez aller chercher Marie Stuart et Catherine de Russie, dans le genre un peu sanglant, et puis ça s'arrête vite. Ça reste à inventer en même temps, c'est un beau défi ! Je le prends aussi comme un défi, et puis de toute façon, on n'a pas à se poser la question, c'est comme ça donc...

Plurielles.fr : ous incarnez la femme moderne : Secrétaire d'Etat, Maire, maman, épouse...

Nathalie Kosciusko-Morizet : On a pas besoin d'être Secrétaire d'Etat pour être moderne sinon y'en a pas beaucoup ! Tout le monde a une opportunité d'être moderne, je le dis haut et fort !

Plurielles.fr : A quoi ressemble votre journée ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : J'ai un enfant, qui est jeune, donc je pense que c'est assez différent quand vous avez des enfants plus grands. Quand ils sont petits, ils ont des rythmes de vie très organisés. Le mien par exemple, je m'organise pour l'emmener à l'école le matin. De temps en temps, je peux pas le faire, quand il y a des émissions très tôt, genre les matinales ou des choses comme ça, mais j'en limite le nombre en fait pour pouvoir l'emmener à l'école le matin, et je m'organise dans mon agenda en général pour avoir un créneau libre entre 19H30 et 20H30 ou 20H et 21H pour pouvoir le coucher et le voir le soir. Donc par exemple, quand j'accepte les diners en général, je demande à e qu'ils soient à 21H, ou alors j'arrive en retard sur un prétexte quelconque et c'est en général que je suis passée coucher mon fils. Je pense que c'est moins facile paradoxalement avec des plus grands qui ont un rythme de vie moins calé et là c'est pas très simple. Et puis le week-end j'ai créé des rituels qui je pense sont importants pour un enfant, par exemple je l'emmène en général mon enfant le samedi matin au marché, il connait tous les commerçants du marché et c'est un moment important, c'est un moment qu'il attend, il y a quelques rituels de ce genre là qui sont importants.

Selon un sondage CSA pour le compte de la Halde paru en février 2009, 34% des femmes ont le sentiment d'avoir été victimes de discrimination sur leur lieu de travail et 23% déclarent avoir été interrogées sur leurs projets familiaux lors d'un entretien d'embauche. Quelle réaction ce sondage suscite chez vous ? Qu'auriez-vous envie de faire passer comme message aux patrons français ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Il y a un message à faire passer aux patrons et il y a un message à faire passer aux femmes. Le message à faire passer aux patrons, c'est que c'est une vraie richesse. Moi je le vois comme Maire. Je suis Maire d'une ville de 22 000 habitants, Lonjumeau, dans laquelle vous m'interrogez aujourd'hui, c'est vrai que dans une Municipalité c'est compliqué à gérer les congés parentaux, les grossesses, tout ça, c'est compliqué à gérer mais en même temps, la mixité dans une organisation, c'est une vraie richesse, ça rend l'organisation beaucoup plus créative. Quand vous avez que des hommes ou que des femmes, vous n'avez pas la même créativité, vous n'avez pas la même stimulation. Et pour une femme, et pour un homme aussi d'ailleurs, avoir une vie familiale, avoir une vie équilibrée, c'est aussi un regard sur le monde peut-être un peu différent qu'on apporte dans la collectivité et qui participe de l'équilibre de l'ensemble. Donc c'est vrai que ça pose des problèmes d'organisation, mais en face des problèmes d'organisation, il faut mettre aussi tous les avantages que ça comporte en terme de qualité, de richesse de la relation, de densité de la relation. Avoir des gens qui ont une vie familiale qui est riche, qui est dense, qui est heureuse, ben c'est une chance dans une organisation. Je crois qu'il faut le dire aux patrons, il faut que les patrons y soient sensibles.

Je me souviens, à l'époque où Jean-Pierre Raffarin était Premier Ministre, il disait, je crois qu'il disait ça à propos de sa chargée de communication, il avait un chargée de communication qui était une femme, il avait une Chef de Cabinet qui était une femme, il avait beaucoup de femmes dans son équipe, et il disait que c'était des femmes qui avaient beaucoup d'enfants et que ça l'avait favorablement impressionné au moment de les recruter et qu'il pensait qu'une femme qui savait aussi bien organiser sa vie et organiser sa vie de famille, et travailler autant avec tout ça, c'était vraiment quelqu'un qui avait un talent supérieur, il y a ça à voir aussi. Une femme qui réussit à faire tout ça, c'est quelqu'un qui a déployé des trésors d'inventivité.

Après, sur ce sujet là, il y a aussi des choses à dire aux filles, c'est qu'il n'y a pas d'obligation de répondre aux questions indiscrètes qui sont posées sur la vie familiale lors d'un entretien d'embauche. Il n'y a par exemple, quand on pose la question dans un entretien d'embauche de savoir si vous êtes enceinte, aucune obligation à répondre, aucune obligation à répondre, on peut mentir, on a le droit de mentir parce qu'en face en fait on n'a pas le droit de poser la question normalement. On n'a pas le droit de poser cette question là. Et donc il n'y a absolument aucune obligation à dire la vérité. Alors c'est vrai que c'est délicat de commencer une relation professionnelle sur cette base là mais c'est vraiment à chacun, aux filles de savoir leurs droits, et puis aux patrons de progresser un petit peu dans la compréhension de ce que sont aussi les richesses qu'il y a derrière.

Plurielles.fr : Pour la femme, c'est peut-être aussi se libérer de la culpabilité par rapport à son employeur...

Nathalie Kosciusko-Morizet : Attendez, le nombre de situations dans lesquelles - et j'en connais, j'ai des amies qui ont été dans ces situations là - les patrons qui terrorisaient leurs employés parce qu'ils voulaient pas qu'elles tombent enceintes et qu'il leur mettait la pression là-dessus, et pendant ce temps là leurs femmes faisaient 2, 3, 4 enfants, ça va quoi ! Ça va, stop ! Le salariat, c'est pas l'esclavagisme non plus ! Et je vais vous dire une autre chose : c'est une très grande richesse de notre société  de faire des enfants et d'avoir autant d'enfants. On a un très beau taux de fécondité.

Moi j'étais en voyage en Corée et au Japon. Au Japon, ils ne parlaient pas de la crise, ils parlaient de la crise démographique et sociale. Leur problème, c'est pas la crise économique là, leur problème c'est qu'ils ont un taux de 1,3 enfant par femme. Actuellement ils sont 120 millions, dans 50 ans ils seront 80 millions, dans 100 ans ils seront 40 millions. Toute leur robotique, toute leur industrie du numérique est orientée vers ça d'ailleurs, parce qu'ils ne veulent pas d'immigration, donc ils s'organisent notamment en terme de robotique pour pouvoir servir les personnes âgées, parce qu'ils ont un problème de pyramide des âges. Leur problème de pyramide des âges, il vient du fait que les femmes ne font pas d'enfant, et c'est pas qu'elles travaillent beaucoup, elles travaillent peu, et justement elles n'ont pas d'indépendance financière, et ça les amène pas à faire des enfants. C'est un vrai problème dans leur société et nous on ne se rend pas compte de la chance qu'on a, on a de la chance parce qu'il y a des femmes qui ont le courage de mener de front la vie de famille et le travail, il faut le dire.

Plurielles.fr : On va parler des actions qui sont menées pour défendre les droits de la femme, je pense en particulier à « Toutes à l'école » avec la Rose Marie-Claire ou l'association Care au Bénin. Est-ce que vous soutenez une cause en particulier, il y en a une qui vous tient à cœur ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Toutes à l'Ecole par exemple, je trouve que c'est un très beau projet, j'étais allée au dîner qu'elles avaient fait pour relancer cette année leur opération. Moi c'est un projet auquel je crois beaucoup. L'éducation des filles, c'est par là que passe le développement, et tous les développements, le développement économique, le développement familial, le développement de la société, ça passe par l'éducation des filles. Je crois qu'on pourrait faire encore plus et encore mieux là-dessus.

J'ajoute qu'il ne faut pas croire que cela se passe que dans les pays du Sud, ça se passe d'une certaine manière aussi chez nous. A travers certains stéréotypes, qui restent appliqués et très vivants dans l'éducation des filles. Moi je le vois sur les questions numériques, tout ce qui est informatique, sciences, il y a très peu de filles, il y a vraiment très peu de filles. Je pense que c'est un problème. L'industrie du numérique, elle a un taux de croissance, elle participe pour 25% de la croissance mondiale, bientôt ce sera 30% de la croissance mondiale. Vous aurez 1/3 de la croissance mondiale qui sera dans l'industrie dans laquelle il y a très peu de femmes et au nom de quoi ? Pourquoi ?

Plurielles.fr : Pour rester sur ce chapitre des nouvelles technologies de l'information et de la communication, c'est un relais de croissance, vous l'avez souligné, comment comptez-vous démocratiser auprès des femmes ces outils informatiques ? Ou ouvrir les formations d'ingénieur ou de webmaster, toutes ces nouvelles professions qui ont fait leur apparition ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Je pense que ça passe par un discours et des actions sous l'angle des usages et des contenus. J'observe que souvent les hommes ont une démarche un peu plus technophile, c'est « oh l'appareil, qu'est-ce qu'il est beau » ou « y'a plein de fonctionnalités » et les femmes ont une démarche qui est plus centrée sur les usages et les contenus. Il me semble qu'en portant un discours qui lui aussi va plus fort sur les usages et les contenus, on réussit à capter mieux ce public là.

Je pense aussi à développer certains usages et certains contenus qui s'adressent peut-être de manière plus directe aux femmes, par exemple le télétravail. Il y a actuellement une proposition de loi très intéressante sur le bureau de l'Assemblée et portée par une soixantaine de députés, c'est une proposition de Jean-Pierre Decoole pour développer le télétravail, une proposition de loi qui a été discutée avec les syndicats, qui permettrait à la fois d'améliorer le cadre législatif et réglementaire, et d'inciter à l'équipement en télétravail, ça c'est à la fois bon pour l'environnement, mais c'est aussi bon pour l'organisation de la vie, ça apporte une certaine liberté, ça apporte des nouveaux degrés de liberté. Or on est en France je crois à 7% de personnes qui déclarent télétravailler une fois par semaine. Les pays scandinaves sont certains à 30%, ce n'est pas normal... il n'y a pas de raison à cette différence, il devrait même y avoir une différence dans l'autre sens puisque la France, c'est un pays moins dense, donc assez naturellement le télétravail est encore plus intéressant chez nous que chez eux. Donc le développement d'usages dans ce genre là...

C'est pareil pour le développement de la e-administration, l'administration en ligne, la possibilité vous voyez de faire tous ses papiers en ligne. Pour une femme qui travaille, c'est important, parce que qu'est-ce que ça mange comme temps ! Les feuilles de sécu, les enfants, les inscriptions... ça ce sont des fonctionnalités qui pour partie existent sur servicepublic.fr, su monservicepublic.fr qui vous permet maintenant d'avoir votre coffre personnel numérique sur lequel vous avez tout ce que vous avez envoyé à l'administration, tous vos papiers, donc au lieu de ranger dans vos petits dossiers, vous avez tout comme ça... et puis il y a aussi de nouvelles fonctionnalités à développer mais pour l'essentiel cela nécessite d'avancer sur l'authentification et la signature sur Internet parce qu'en fait actuellement, sur les sites Internet classiques, le site de ma ville par exemple, vous pouvez télécharger des formulaires, et après vous les renvoyez par La Poste, c'est pas vraiment de la e-administration. Les seules choses que vous pouvez vraiment faire en ligne, c'est par exemple déclarer vos revenus, avec le certificat TDIR, mais il a fallu développer un certificat ad' hoc, donc pour développer vraiment toutes ces applications là, il faut avoir un système unique de signature d'authentification en ligne et à ce moment là on pourra imaginer envoyer ses recommandés depuis son ordinateur, faire toutes ses déclarations, ses commandes, aussi bien en direction du secteur public que du privé, utiliser vraiment l'ordinateur pour ça et pas seulement pour une espèce de fausse e-administration dans laquelle vous téléchargez un formulaire que vous renvoyez par ailleurs.

Plurielles.fr : Plus généralement, les nouvelles technologies comme relais de croissance, est-ce que vous pourriez nous en dire un petit peu plus ? Quelle est votre analyse en cette période de crise ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Les nouvelles technologies, c'est 25% de la croissance mondiale, bientôt 30%, et ce qui est intéressant, c'est que c'est une croissance non seulement autonome, à l'intérieur du secteur, les nouvelles technologies sont un secteur en croissance, mais par ailleurs la croissance de ce secteur là diffuse de la compétitivité à travers les autres secteurs de l'économie. On pense qu'il y a un sous-investissement dans les petites et moyennes entreprises en France en matière de nouvelles technologies par rapport à ce qui se fait aux Etats-Unis. Ca fait plusieurs années que les PME françaises investissent 2 fois moins que les PME américaines dans les nouvelles technologies. On pense que ça nous a coûté 0,5 point de PIB parce que les nouvelles technologies, c'est à la fois un secteur qui est croissant en soi, mais c'est aussi un secteur qui fait croître les autres. Et c'est ça qu'on vise à rattraper avec toutes les politiques sui sont mises en place, et notamment avec le plan France Numérique 2012, 156 mesures à mettre en œuvre, que l'on met en œuvre progressivement, le plus rapidement possible pour pouvoir rattraper ce retard... ce retard, je veux dire, on est pas en retard sur tout, il y a des sujets sur lesquels on est en avance mais disons qu'on pourrait faire mieux. Sur les réseaux, avoir vraiment très vite maintenant le haut débit pour tout le monde, et développer le très haut débit avec la fibre optique, libérer les investissements là-dessus. Sur les entreprises, pour que le secteur soit véritablement un lieu de transformation de l'innovation en croissance, parce que ça sert à rien d'innover si on en fait pas de la croissance et ça c'est les entreprises qui le font et puis les usages, les contenus. J'ai été très frappée à l'occasion de mon déplacement en Corée par une discussion que j'ai eue avec le patron de Samsung qui me disait nous sommes très forts  nous Samsung, nous coréens sur les équipements, le téléphone, la vidéo, le téléphone portable, la télé, tout ça... et en même temps, on sent qu'on n'est pas bien positionnés pour la nouvelle aventure du numérique qui s'ouvre parce que les équipements le marché en est saturé, on va continuer à en vendre, il y aura toujours des nouveaux écrans, de nouvelles fonctionnalités mais bon le marché est saturé, on pense que la valeur va plutôt migrer vers les usages et vers les contenus. Ben c'est formidable, parce que nous les équipements, on les fabrique pas beaucoup, mais alors les usages et les contenus, voilà, on a plutôt des choses à vendre là-dessus et donc moi je n'ai pas trop montré mon enthousiasme lorsqu'il m'a dit ça évidemment parce qu'il le vivait comme un problème mais j'y ai vu une solution pour moi, pour nous, pour l'industrie du secteur en France. Je pense qu'on a un coup à jouer en fait dans ce 2ème âge du numérique qui s'ouvre.

Plurielles.fr : Justement, est-ce que le gouvernement compte mettre en œuvre des aides de nouvelles entreprises qui pourraient se créer autour de ces contenus ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Il y a un certain nombre de choses qui existent, par exemple le statut de l'auto-entrepreneur qui a été lancé par mon collègue Hervé Novelli. Il est très très très demandé par des entreprises qui se créent dans le secteur du numérique. Il y a beaucoup beaucoup d'auto-entreprises, notamment dans le commerce en ligne. Il y a la jeune entreprise innovante, il y a toutes les aides OSEO et puis il y a des réflexions pour aller plus loin qui sont des réflexions en cours donc je ne peux vous faire aucune annonce sur ce sujet aujourd'hui.

Plurielles.fr : Dernière question sur votre image glamour : est-ce que vous la travaillez ? Des secrets de beauté ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Vous me demandez si je me mets une crème le soir ? J'ai mes coquetteries, comme tout le monde, je me coiffe le matin, je me maquille et je fais attention à quoi je ressemble ! Maintenant, je ne surinvestis pas sur le sujet parce que j'ai pas beaucoup de temps non plus. Vous savez, on se dit toujours, « ah, si j'avais du temps » donc moi si j'avais du temps, j'aimerais bien m'occuper un peu plus de moi, tout ça, faire ceci, faire cela, et puis en fait, d'abord, on a jamais le temps, et peut-être que si on avait du temps on s'ennuierait terriblement et de toute façon c'est comme ça !

Plurielles.fr :On peut dire aujourd'hui que vous êtes une femme accomplie ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Moi je suis une femme heureuse en tout cas, j'aime ce que je fais... accomplie, c'est une quête !

Plurielles.fr : Merci beaucoup

Aurélie LAMBRON - le 20/04/2009 - 13h19
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