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Julien Parme, de Florian Zeller (premier chapitre)

Article le 05/09/2006 à 18h45 , modifié le 05/09/2006 à 18h52 0 commentaire

© Flammarion

Au risque de vous surprendre, je voudrais vous
raconter ce truc incroyable qui m'est arrivé l'année
dernière. C'est pas pour me vanter, mais des trucs
comme ça, je vous jure, des trucs aussi incroyables
que celui que je vais vous raconter, ça n'arrive pas tous
les jours. Même, ça n'arrive jamais. C'est pour ça que
j'en parle. Parce que moi, je suis pas du genre à baratiner
les autres avec ma propre vie. Question de
style. C'est comme ce type qui était dans ma classe à
l'époque, il s'appelait Antoine Cheval. Un putain de
nom quand on y pense. Eh bien vous lui posiez une
question, n'importe laquelle, genre par politesse, pour
qu'il ait un peu l'impression d'exister et tout, et ça y
est, il vous broutait pendant des heures avec sa vie
perso. Ce genre-là, ça m'a toujours écoeuré. C'est pour
ça qu'un type qui vous dit qu'il a un truc incroyable à
vous raconter, moi je serais plutôt du genre à me
méfier, parce qu'un type qui vous dit ça, il faut pas lui
laisser la possibilité d'aller plus loin. Jamais. Sinon
vous êtes obligés de l'écouter jusqu'au bout, et alors là,
autant vous dire que vous êtes foutu.
Mais dans mon cas particulier, c'est pas pareil vu
que c'est moi qui raconte, et que je suis pas Antoine
Cheval. Lui, je m'étais d'abord laissé avoir. Je lui avais
servi du " d'où tu viens " et du " qu'est-ce t'en penses "
pour être sympa. Mais au fond je m'en foutais. C'est
juste qu'on était assis à côté en cours. J'étais nouveau,
vu que je débarquais à peine de Paris. En plein milieu
de l'année en plus. J'avais un peu déconné là-bas et on
m'avait envoyé dans cette saleté de ville de l'Est. Une
sorte de punition, quoi. Je vous ai pas encore dit que
ma mère était légèrement allumée ? J'aurais dû commencer
par là. Parce qu'elle était vraiment allumée.
Comme toutes les mères, vous me direz. Sauf que là,
elle était encore plus allumée qu'une mère normalement
allumée. Hypersévère, aucun sens de l'humour
ni rien. On pouvait pas plaisanter avec elle. Alors forcément,
je me faisais souvent engueuler. Franchement,
c'était pas la joie. Mais maintenant que j'y réfléchis, je
me dis qu'en fait, c'était plutôt le contraire : elle était
pas allumée, ma mère, elle était juste éteinte. Comme
une bougie en plein courant d'air.
Je vivais à Paris avec elle et François. Un abruti avec
un collier de barbe et des pantalons en velours. Mon
père, il était mort d'un cancer quand j'avais dans les
neuf ans. C'est pour ça qu'après, elle s'est mise avec
plusieurs types. Et le dernier, dans le défilé des branquignoles,
c'était justement François. Bon. Mais après


mes conneries, ils ont voulu m'envoyer à Nice, chez
mon oncle. C'est normal, les parents, ça sert à ça, vous
me direz : j'avais qu'à pas déconner. Mais si vous
voulez tout savoir, moi je pense que c'était une excuse,
mes conneries. En vérité, ils étaient bien contents de
se débarrasser de moi. Ça leur faisait un souci en
moins. Ils se retrouvaient tranquilles. La belle vie,
quoi. En un sens, ils ont dû être bien contents de
devoir me punir. Leur argument, c'était que je fréquentais
de mauvaises personnes à Paris. Et qu'en plus
j'étais influençable. N'importe quoi... Mais aucune
possibilité de négocier. Ma mère, quand elle avait
décidé quelque chose, valait mieux pas la contredire.
Sauf que mon oncle voulait pas. C'est dommage,
d'un certain côté, parce qu'il vivait dans une baraque
au bord de la mer. Comme punition, on aurait pu
imaginer pire. Les chambres avaient toutes un balcon.
On pouvait voir l'Italie au loin. L'Italie, c'est la classe.
Même de loin. Mais il voulait pas. J'ai pas trop compris
pourquoi. Il devait soi-disant faire pas mal de voyages
dans l'année, ou quelque chose comme ça. Bref, ma
mère savait plus comment se débarrasser de moi et
c'est là qu'elle a décidé de m'envoyer chez une amie de
la famille qui habitait dans les Vosges. Je vous jure.
Les Vosges. Là où il flotte en été. Et l'hiver, c'est pire
qu'un glaçon dans le cou. Moi, je savais même pas
que ça existait encore, les Vosges. C'est pour vous dire.
Mais vous vous demandez sans doute : et pourquoi
pas la Sibérie tant qu'on y est ? La réponse est simple :
parce que ma mère n'y connaissait personne. Alors,


imaginez, j'ai tout essayé, mais elle a rien voulu entendre.
Avec François, ils m'ont foutu dans un train
avec une valoche, et zou, en avant pour Saint-Dié.
C'est comme ça que ça a commencé. Ou plutôt : c'est
comme ça que ça s'est fini.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Ah oui, à cause
d'Antoine Cheval. Quand je suis arrivé à Saint-Dié,
il avait pas de voisin de cours. C'était le seul à pas en
avoir, de voisin de cours. À croire que personne voulait
s'asseoir à côté d'un type comme lui. De toute
façon, un type comme Antoine Cheval, ça vous donnait
pas envie d'en faire un ami. C'est pour ça que je
me suis retrouvé à lui parler. Parce que je débarquais
au milieu de l'année et qu'il restait plus qu'une place
de libre dans cette putain de salle de cours. La déprime.
Il arrêtait pas de me parler de sa vie. C'était
insupportable. Surtout qu'il s'attardait toujours sur
des détails sans intérêt, genre dates de naissance et
compagnie. Il devait penser que j'étais venu dans les
Vosges rien que pour écrire sa bio en dix volumes.
C'était tellement chiant, ce qu'il me racontait, que ça
me donnait presque envie d'écouter le prof. C'est pour
vous dire... Il était comme ça, Cheval ; il s'emballait
pour rien. Tu sais ce que j'ai vu hier à la télé ? Et hop,
il partait au galop. Sérieux. Un blaireau grand format.
Il me faisait penser à François. Lui aussi, c'était un
cas. Je me demande où ma mère l'avait dégoté. Chez
un antiquaire, à mon avis. La seule chose que je savais
sur lui, c'est qu'il était noble. Avec particule et tout. De


Courtois. Ça avait l'air vachement important pour
lui. François de Courtois. Moi, je trouvais ça assez
con. À la limite, s'il avait eu un château ou un truc
équivalent. Mais là, juste une particule, il y avait pas
de quoi s'enflammer. Mais lui, c'était justement le
genre à s'enflammer pour des conneries de ce genre.
Tous les matins, il devait se regarder dans la glace et se
dire qu'il avait une particule. Ce type était sans arrêt
à parler de lui. Il faisait toujours le coup devant des
invités par exemple. À peine installés dans le canapé du
salon, les invités, qu'il commençait à parler de lui, de
sa particule, de ses histoires de famille. C'était son sujet
favori. Comme quoi il avait un lien de parenté avec je
sais plus quel type qui avait fini décapité. C'était pas
une raison pour nous la prendre, à nous, la tête.
Les types comme ça, je comprends pas. Ça me
démolit. Sans déconner, c'est plus fort que moi : je
peux pas jouer le jeu. Parce que les invités, en général,
ils étaient un peu forcés de jouer le jeu. Vu que
c'étaient des invités. Ils écoutaient en hochant la tête,
en changeant de position, en regardant discrètement
leur montre ou en disant : "Hum, hum, je comprends,
c'est fou... " Bref, ils jouaient le jeu. Mais moi, je le
jouais jamais, le jeu. À la limite, je me bouchais les
oreilles. Carrément. Ou alors je changeais de pièce
pour bien lui faire comprendre que ses histoires de
famille, je m'en foutais complètement. Voilà ce que je
veux dire, quand je dis que je veux vous raconter un
truc incroyable : je suis pas du genre à m'enflammer
pour des conneries.


En fait, l'amie soi-disant de la famille, celle qui
devait m'héberger dans les Vosges, elle était surtout
de la famille de François. Je voyais vraiment pas ce
que je venais foutre à Saint-Dié. C'est surtout le nom,
au début, que j'ai trouvé bizarre. Saint-Dié. Ça faisait
débile, comme prénom, Dié. Bonjour, je vous présente
Dié ! C'est dingue ce qu'une mère peut être barge
pour appeler son fils Dié. Déjà Didier, c'est plutôt
craignos, mais alors Dié... Elles se rendent pas compte,
les mères. Elles font toujours n'importe quoi. Et parfois
elles le font même exprès. Bon. Mais je voudrais
pas apparaître comme le type qui se plaint toujours,
surtout que sur ce coup-là, je veux dire question prénom,
je dois reconnaître que j'ai eu de la chance. Je
m'appelle Hugues. Non, je déconne. Je m'appelle
Julien. Avec mon nom de famille, ça donne Julien
Parme. Le style. Julien Parme, vous n'avez jamais entendu
parler ? Le grand écrivain ? Non ? Vraiment ?
Parce que j'ai oublié de vous dire que je voulais devenir
un grand écrivain. Bon. Par exemple, si je m'étais
appelé Dié, je crois que j'aurais dû changer de prénom.
Pour mes livres. J'aurais pris Julien à la place.
Pour faire : Julien Parme. Donc tout va bien. Vu que
c'est comme ça que je m'appelle.
Là où ça commence, c'est justement le jour où ils
m'ont foutu dans un train. Ça m'avait déprimé toutes
ces histoires. Surtout, ce qui m'avait tué, c'était l'impression
qu'on voulait se débarrasser de moi. Ma mère,
puis mon oncle. Enfin bref, personne voulait m'avoir


dans les pattes. J'étais un cas désespéré, selon eux. Et
surtout, ma mère, sur le quai de la gare, je sentais bien
qu'elle se disait : " Allez, encore un petit effort, et ce
sera la fin de ce cauchemar. " Ça me rendait dingue,
qu'elle ait même pas l'air triste. Il faut dire à sa
décharge qu'elle avait pas eu la vie facile, ma mère.
Éducation protestante et tout. Je vais pas vous décliner
toute sa vie, mais je peux seulement vous dire
qu'elle avait eu pas mal de galères. Des trucs moches.
La maladie de mon père par exemple. C'est ce qui
faisait qu'elle était assez éteinte. Et qu'elle savait plus
sourire.
En tout cas, ce jour-là, le jour du train, je peux vous
dire que moi aussi, j'avais du mal à sourire. J'étais
grave déprimé. Et pour bien la leur faire sentir, ma
déprime, je répondais pas aux questions qu'ils me
posaient. Je restais de marbre. Genre héroïque vous ne
pouvez pas m'atteindre. Mais au fond, j'avais presque
envie de chialer. Attention, je dis pas que j'avais envie,
non, je dis juste que j'avais presque envie. C'est pas la
même chose. J'étais plus un gosse quand même. J'allais
bientôt avoir quinze ans. Dans un an.
De toute façon, question ambiance, les gares, ç'avait
jamais été mon truc. Tous ces gens qui se disent adieu
et qui se pleurent dessus, ça m'a toujours rendu mélancolique.
Surtout un jour comme celui-là, où il flottait
dehors et où il faisait vachement froid. Un dimanche,
en plus. Je devais reprendre l'école le lendemain. Dans
le seul bahut qui avait bien voulu m'accepter au
milieu de l'année... Non, franchement, y avait de quoi


se pendre en slip. Ma mère m'avait quand même
acheté une nouvelle valoche. Immense et tout. Avec
des roulettes. Pour caser toutes les affaires que j'avais.
D'ailleurs, j'avais presque tout pris. Ma chambre, à
Paris, elle ressemblait maintenant à un cimetière.
J'avais appliqué la technique de la terre brûlée. Parce
que dans ma tête, ils me reverraient plus jamais, mes
parents. C'est pour ça que j'avais pris le maximum de
choses dans ma valisixelle. Ils voulaient plus de moi ?
Très bien. J'allais pas les encombrer plus longtemps. Je
comptais pas pour autant faire ma vie à Saint-Dié.
Ça, non merci. Je suis pas fou. La province, je connais
bien : j'y suis déjà allé une fois. Je sais bien que je suis
pas fait pour. Mais à mon retour sur Paris, pas question
d'aller frapper à leur porte. Je me débrouillerais.
Je ferais ma vie sans eux. Sans rire. Je serais pas le
premier à faire ça.
Ce jour-là, le jour du train, je me répétais que c'était
la dernière fois que je voyais ma mère. Je me répétais
ça pour bien réaliser. Pour m'imprégner de l'idée que
c'était la fin de quelque chose. La première partie de
ma vie. Le temps des cerises. Bref. Sur le coup, ça m'a
ému. Comme pour le jour d'un enterrement, si vous
voulez une comparaison. Je voyais déjà que j'allais en
faire un chapitre dans un de mes romans futurs. Un
chapitre bien cruel, qui arrache les larmes et tout. Je
l'appellerais L'adieu. Ça serait l'histoire du héros qui
déciderait de ne plus jamais rentrer chez lui pour se
venger de la cruauté de sa mère. Un truc qui déchire.
Un jour, une journaliste y verrait la clé de toute mon


oeuvre. Elle viendrait me voir pour m'interviewer. Moi,
avec mon cigare, et elle, un peu intimidée, forcément.
"Mais, monsieur Parme, êtes-vous d'accord pour dire
que toute votre oeuvre magistrale est annoncée dans
cette séparation, décrite dans un chapitre bouleversant
que vous avez subtilement baptisé avec pertinence
“L'adieu” ? " Et là, je lui répondrais un truc superintelligent
qui la tuerait sur place. Je sais pas encore quoi,
mais un truc superintelligent. Bing. Une de plus. Elle
ressemblerait un peu à Mme Thomas, ma prof de
français. Après l'interview, on irait dîner ensemble et,
comme toujours, ça se négocierait à l'horizontal.
Mme Thomas, elle, c'était peut-être la seule prof
que j'étais dégoûté de quitter. Parce qu'elle au moins,
elle savait rendre ses cours intéressants. Elle portait
souvent des chemisiers transparents. Je me suis toujours
demandé si c'était pas pour nous faire fantasmer.
Quand on porte des chemisiers transparents,
même un tout petit peu transparents, on s'en rend
compte, non ? En tout cas, elle était vraiment belle.
Pour une prof, je veux dire. Jeune et tout. Elle avait
remplacé celui qui aurait dû nous faire cours,
M. Vigouse, mais qui était tombé très malade deux
semaines après la rentrée. Un gros naze qui essayait de
faire jeune en portant des santiags. Deux siècles de
retard, le mec. C'était surtout ça qui me rendait triste
à l'idée de quitter mon lycée. Ne plus jamais la revoir.
Un jour, elle lirait le journal et elle tomberait par
hasard sur ma photo, avec écrit en dessous : " Julien
Parme, prix Nobel à 20 ans. " Elle se souviendrait de


moi. Elle serait émue. Et vachement fière. Forcément.
Alors elle irait tout de suite acheter mon livre dans
une vraie librairie et elle lirait dans la nuit pour voir au
cas où je parlerais d'elle. C'est comme ça qu'elle comprendrait
que je l'avais aimée.
Dans mon roman, il y aurait aussi une description
assez sévère de François. Par exemple sur la façon dont
ce mollusque à particule a essayé de m'aider pour monter
ma valoche dans le train. Je lui ai tout de suite dit
qu'elle était trop lourde pour lui. François, c'était le
genre de type qui avait pas fait de sport depuis au
moins cinquante ans. Voire soixante. Son corps était
tout dégoulinant à force de rien foutre de la journée.
Je me demande franchement ce que ma mère lui trouvait.
Bref, je me suis débrouillé tout seul pour manoeuvrer
ma valise. Je l'ai casée en hauteur. Au-dessus de
mon siège. J'ai bien vérifié qu'elle bougeait pas. Par
sécurité. Parce qu'une valise comme celle-là, elle peut
vous tuer si elle vous tombe dessus. Faut pas plaisanter
avec ça. Bon. Ma mère et François, ils étaient toujours
sur le quai. Ils attendaient que je revienne pour leur
dire au revoir. J'ai hésité à m'installer direct à ma place,
comme ça, sans un mot. Ça les aurait glacés. Eux qui
m'attendent sur le quai et moi qui m'assois... Mais j'ai
quand même préféré redescendre du train. Ma mère
m'avait dit qu'elle me donnerait un peu d'argent.
J'allais sans doute en avoir besoin. Et puis ça se fait pas,
de même pas embrasser sa mère quand on sait que
c'est la dernière fois qu'on la voit. Donc je suis revenu.
Soudain j'ai eu une vision : ils étaient là, tous les deux,


sur le quai, grelottants, à attendre quelque chose, et
d'un coup j'ai eu l'impression qu'ils étaient très vieux,
vraiment très vieux, avec cet air perdu qu'ont tous les
très vieux, ceux en chaise roulante et tout. J'ai aussi eu
l'impression qu'ils allaient bientôt mourir. Et je me
suis dit que ce serait tant mieux. Ça m'a fait froid
dans le dos.
Ma mère m'a embrassé et m'a dit qu'elle espérait que
ça me ferait réfléchir. Tu parles. François m'a donné
une petite enveloppe. Je savais ce qu'elle contenait.
Bon. J'ai quand même ouvert. Pour vérifier. Il y avait
quelques billets. Presque rien. Et une lettre. Putain.
J'imaginais déjà ce qu'ils m'avaient écrit. Encore une
leçon de morale. J'ai fourré ça dans la poche de ma
veste. Ça m'a fait bizarre, de prendre cet argent devant
eux, comme ça. Après tout le fric que je leur avais
chouré... Puis François m'a tapoté sur l'épaule. Le
truc typique du beau-père en manque. Ensuite je suis
remonté dans le train. J'ai eu envie de leur dire un
truc débile, du genre : " Saint-Dié, c'est comme les
chiottes : quand faut y aller, faut y aller ! " Mais je me
suis abstenu. Je préférais rester silencieux. Pour qu'ils
sentent jusqu'à la dernière minute que c'était vraiment
dégueulasse de m'envoyer là-bas, de me couper de mes
amis, de ma vie et de Mathilde.
Puis il y a eu une sonnerie stridente. Elle résonne
encore dans ma tête. Et la porte du train s'est refermée
automatiquement.

 
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