• Loisirs
  • Livres & Musique

Jeanne Cherhal et les chansons humaines

Article par Karin DANJAUME , le 20/02/2006 à 12h17 , modifié le 20/02/2006 à 12h24 0 commentaire

Cette jeune auteur-compositeur-interprète est partout dans les médias. Etiquetée révélation (encore une) de "la nouvelle chanson française", elle provoque l'engouement du public et des critiques dithyrambiques. Nous l'avons rencontrée.

Rendez-vous a été pris avec Jeanne Cherhal, révélation de la chanson française, visible partout depuis sa victoire de la musique. L'air un peu fatiguée, elle fait toute menue dans son pull vert. Mais comme on ne la connaît pas, on ne se permet pas de lui dire. Surtout qu'on la sent moyennement ravie d'être dans ce bar branché parisien à l'heure du déjeuner pour répondre à nos questions. Du coup, on décide de lui faire grâce des habituels retours sur sa bio puisqu'on a déjà tout lu : 27 ans, originaire de Nantes, père plombier, mère prof d'informatique, deux sœurs plus jeunes, des centaines de concerts à travers la France, deux albums dont le dernier "Douze fois par an". Elle précise : "Je n'ai pas baigné dans un milieu artistique mais mes parents sont mélomanes. Ils étaient soucieux de notre ouverture d'esprit donc assez tôt, j'ai écouté des chanteurs plutôt chouettes : François Béranger, Alain Souchon..."

Elle tripote une mèche de ses cheveux courts. Elle a l'air timide alors que ses titres et sa présence scénique la révèlent audacieuse et sûre d'elle. Ce qu'on aime chez Jeanne Cherhal, c'est sa façon de ciseler les mots pour en faire des bijoux de chansons. Alors on lui demande comment elle fait pour retranscrire si bien le quotidien dans ses chansons. C'est la bourde ! Elle déteste que l'on dise cela parce que "bien sûr que je parle du quotidien, comme si on pouvait parler d'autre chose !". Elle explique qu'elle s'attache plutôt aux choses humaines et pas forcément dans leurs aspects les plus glorieux. Comme Les chiens de faïence qui parle de la dépression de son père ou Ca sent le sapin qui fait allusion au suicide. Une écriture qui sublime les moments difficiles en quelque sorte. Elle admet que ces thèmes ne sont pas toujours très gais, même si elle s'applique à les interpréter avec légèreté.


Intimité dévoilée
Ses chansons parlent d'elle et ça lui fait plaisir qu'on lui dise qu'en écoutant ses textes, on a l'impression de la découvrir. Elle trouve ça bien "d'avoir l'impression de connaître un artiste par son œuvre et pas pour sa vie privée". Comment négocie-t-elle avec cette intimité dévoilée, elle qui emploie souvent le mot "pudeur" ? "Il y a une prise de distance même si les textes sont intimes. On se débrouille toujours pour ne pas trop se livrer ". Effectivement, elle nous offre des instantanés de vie. Comme La station qui évoque un souvenir d'enfance. Elle confie ne pas avoir encore fait de "vraie" chanson d'amour, "peut-être par manque de maturité".

Puisqu'on parle d'intimité, la conversation dérive sur sa chanson Douze fois par an qui parle des menstruations. A-t-elle été étonnée que cela fasse autant couler d'encre ? "Je me doutais qu'on allait me cuisiner dessus. Pourtant, je ne cherchais pas à tout prix un sujet original. J'ai parlé à la troisième personne dans la chanson mais visiblement ça ne trompe personne qu'il s'agit de moi. Mais ce que j'ai essayé de dire est qu'il faut écouter son corps car c'est un médiateur. Dans le texte, son corps parle à sa place et dit ce qu'elle ne peut pas dire".

Tant qu'on est dans l'émotion, on lui demande d'évoquer Jacques Higelin, quelqu'un d'important pour elle. "Il est un peu comme un modèle, un mentor, un fantasme. C'est quelqu'un que j'ai beaucoup écouté étant ado. Je n'avais jamais imaginé chanter avec lui." La première rencontre a lieu il y a trois ans, elle est en première partie d'un de ses concerts. "Un moment très doux et très fort ! J'ai ensuite osé le rappeler pour lui proposer un duo". Je voudrais dormir est présent sur l'album. "J'avais tout prévu dans ma tête, c'était très précis et lui a été très à l'écoute, il a respecté ma chanson".


Et la musique ?
Ce qu'on aime aussi chez Jeanne Cherhal, c'est la richesse de ses compositions. Et là elle fait un peu sa modeste sur ses capacités : "Pour composer, on n'a pas besoin de formation musicale. J'ai appris le piano seule... non ce n'est pas si impressionnant que cela ! D'ailleurs je suis incapable de jouer un morceau classique ou d'accompagner quelqu'un. Je m'accompagne moi-même car je connais mon débit".

A ce stade de la discussion, impossible de passer sous silence sa collaboration avec Eric Lörher qui vient de l'accompagner à la guitare sur une tournée de plus de 200 dates. "Je lui dois beaucoup, c'est un bon pédagogue. Nous avons fini la tournée la semaine dernière. Il va me manquer comme sa générosité et sa musicalité. Je lui ai demandé beaucoup alors je vais le laisser un peu tranquille. Mais j'aimerais qu'il ait envie de retravailler avec moi. Eric si tu lis ça...". En attendant, il reste encore quelques festivals d'été à boucler. Puis ce seront les vacances. "J'ai besoin de sortir de la ville, je suis une fille de la campagne ! Ensuite, je ne vais peut-être pas trop tarder à retourner en studio." Et enregistrer encore plein de chansons qui parleront des choses de la vie.

 
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.

VOS RÉACTIONS

Vous devez écrire un avis



de Plurielles
SUR LE
    Plus de discussions sur le Plurielles.fr »
    logAudience