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Serge Lutens, le poète des parfums

Article par Marie-Lucie VANLERBERGHE , le 12/12/2005 à 16h23 , modifié le 08/01/2009 à 14h15 0 commentaire

Après plusieurs années au service de l'image de Dior puis de Shiseido, Serge Lutens fait figure d'ovni dans le monde des senteurs avec une parfumerie d'auteur aux effluves authentiques.

Comment est né le désir de créer des parfums ?

Il est venu progressivement, avec le temps, sans intention de départ. Je vis depuis longtemps au Maroc, et comme je suis introverti, j'ai une acuité sensorielle très développée. Ma rencontre avec Marrakech et les cires odoriférantes a été le catalyseur. Ce pays a nourri mon désir et ma vision du parfum des origines, antiques et orientales.

Comment procédez-vous ?

L'acte de création n'est pas un acte de décision, il n'y a pas de recette. Toute recette en parfumerie est un mensonge. Les matières du parfum sont vivantes et elles se déplacent, vous emmenant toujours là où vous ne pensiez pas aller. Parfois dans un cul de sac, et parfois vers des routes merveilleuses.
Le parfum est une succession de contraintes, on ne peut pas faire ce que l'on veut, ce n'est pas une tarte tatin... Encore que la tarte tatin soit une erreur !
Ce qui se passe entre le début de l'intention et le final est bouleversé par la mobilité des matières, les rencontres... Mais quand le parfum est fini, je me dis " oui, c'est ça ".
Ma seule certitude, c'est que je ne sais faire que des choses que j'aime. Dès que je n'aime plus le faire, je ne sais plus le faire. Lorsque je réalisais des images, j'aimais beaucoup faire des noeuds dans les cheveux, que je réussissais toujours du premier coup. Quand je n'ai plus eu envie d'en faire, je n'ai plus su.

Votre première émotion avec le parfum ?

Un grand souvenir d'enfance, c'est l'odeur de l'usine de pain d'épice. Une odeur tellement forte que je l'avais prise en grippe. Aujourd'hui, j'adore l'odeur du pain d'épice. La mémoire est un mensonge, Proust l'a bien prouvé avec sa Recherche...

Votre première émotion avec une fleur ?

Quand on est petit, on a un avantage, c'est que l'on est de la même taille que les fleurs. Le premier geste que l'on fait lorsque l'on voit quelque chose de beau, c'est d'aller le sentir. Marguerite, lys, rose... J'allais enfouir mon nez dedans. Le souvenir est double, car je me souviens tout autant du contact avec la peau de la fleur. Celle de la rose est la plus douce.

A quoi sert le parfum ?

Nous sommes tous fragiles. Le parfum est une arme contre notre fragilité, notre timidité.
Il sert à s'exprimer, à se donner l'image la plus cohérente qu'on aimerait que les autres aient de soi. Séduire, c'est être soi-même et rencontrer les autres.
Sinon, cela peut être utile pour un comportement social. On porte un sac à initiales et un parfum qu'on reconnaît partout. Ainsi, on ne risque pas d'être aimé pour soi-même.

Vos projets ?

Essayer de faire quelque chose que je n'ai jamais fait. J'ai beaucoup de cahiers que je remplis de mots, de phrases... Ce n'est pas un journal, simplement des émotions rassemblées. Parfois je les relis et je trouve cela amusant. Je voudrais en faire quelque chose. Parmi les arts, l'écriture est ce qui m'a donné le plus d'émotions. Certaines lectures m'ont ébloui, me semblaient plus proches et plus vraies que le réel. J'aimerais bien réécrire et redessiner. Mais je suis timide, alors je fais cela tout doucement...

 
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