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Le parfum des épices

Article par Marie-Lucie VANLERBERGHE , le 07/02/2007 à 17h48 , modifié le 08/01/2009 à 14h17 0 commentaire

Avec son livre "Des épices au parfum", Brigitte Bourny-Romagné raconte avec passion comment les épices ont écrit l'histoire des hommes et des parfums.

D'où vient votre histoire d'amour avec le parfum ?

Ma rencontre avec l'univers du parfum est le fruit d'heureux hasards professionnels. Après avoir dirigé le service marketing et prospective d'une marque de parfums et de cosmétiques, j'ai dirigé une équipe de nez. Très vite, je me suis passionnée pour les plantes à parfum, celles dont on arrive à extraire des huiles essentielles. Je m'intéresse depuis longtemps à tout ce qui, dans un parfum, est naturel et non synthétique.
Pour réunir tout le savoir sur ces plantes à parfum, j'ai écrit une encyclopédie à usage professionnel.
Il y a trois ans, j'ai repris ce sujet dans un autre livre pour le grand public. J'avais envie de faire connaître ces 200 espèces qui acceptent de délivrer leur essence.
Les plantes à parfums se divisent en cinq catégories : les fleurs, les épices, les bois, les baumes et les hespéridés (Bergamote, citron, orange, mandarine...)
Il n'y a pas de grand parfum sans essences naturelles. On se rend compte aujourd'hui que l'on n'arrive pas à les copier complètement. Elles ont un supplément d'âme.

D'où tenez-vous cette curiosité pour les épices ?

Je me suis plus particulièrement penchée sur les épices, car quand on s'intéresse à l'histoire des épices, on plonge en plein dans l'histoire des hommes. Il s'agit d'une conquête, d'une immense aventure humaine !


Quels furent les premiers usages des épices ?

Déjà les prêtres égyptiens honoraient les dieux dans les temples avec des parfums : la myrrhe, l'encens et les épices (cardamome, poivre...)
Petit à petit, leur usage est tombé dans le domaine profane. On s'en est servi pour " mettre les morts en odeur de sainteté ". En enduisant des bandelettes d'huiles essentielles aux vertus antiseptiques, on retardait la décomposition des corps. Ce n'est que bien plus tard qu'on les a utilisées en cuisine.

En quoi l'histoire des épices a-t-elle influencé celle des hommes ?

Epices et textiles ont été les plus gros secteurs d'exportation, en quantité et en valeur, de toute l'histoire. C'est Venise et Gênes qui furent au cœur de ces échanges. Les épices venaient d'Alexandrie et de Constantinople. Ce commerce entre les Vénitiens et les Arabes a rayonné dans toute l'Europe. Les villes de foire en Champagne accueillaient les gens des Flandres et les Vénitiens. Les épices ont été un poumon économique extraordinaire !
En 1267, une route est ouverte par le Détroit de Gibraltar pour éviter la route terrestre devenue trop dangereuse.
De grands voyages ont été initiés pour la recherche des épices. Ils ont beaucoup influencé l'histoire des hommes, de Marco Polo aux conquêtes portugaises.
En 1500, les épices jouaient le rôle que tient aujourd'hui le pétrole. Pour garder le contrôle des épices, les Portugais incendiaient les comptoirs arabes. C'est à cette époque que l'Occident s'organise militairement pour contrôler l'Orient. C'est le début de la domination occidentale.


Qu'apportent les épices à un parfum ?

Les épices apportent beaucoup de vie et de vibration à un parfum. Elles lui donnent un effet 3D en mettant en relief les autres ingrédients de la formule. Elles apportent aussi une note unique, une touche d'exotisme, de la sensualité parfois.
En parfumerie, on distingue des épices plutôt froides et d'autres, plutôt chaudes. Pour des notes fraîches en tête, on peut trouver le poivre, la cardamome ou la coriandre. Dans les chaudes, c'est plutôt la cannelle, le clou de girofle, la muscade.

Y a-t-il des épices plus à la mode en ce moment ?

Il n'y a pas vraiment une épice plus " tendance " qu'une autre, on utilise une épice en fonction de ce que l'on veut mettre en exergue, donc rien n'est démodé. Mais il y a des courants et des phénomènes de fond, un reflet de société.
Aujourd'hui, on note une recrudescence d'épices fraîches dans les parfums, car elles ont une grande modernité, une urbanité. Si l'on ajoute par exemple du gingembre, ou de la cardamome à un hespéridé, cela rend le parfum plus nerveux.
Certaines épices sont moins faciles à canaliser et possèdent un côté sale.
Le " sale " en parfum, c'est ce qui évoque l'animalité, ces parties sombres, obscures, qui font l'équilibre d'un parfum. Le cumin par exemple, a une odeur proche de celle de la transpiration.
De plus en plus de gens ne veulent plus de " sale " dans les parfums. La tendance va plutôt vers des parfums très propres, un peu aseptisés, comme aux Etats-Unis.

Quels chefs-d'œuvre de la parfumerie n'en auraient pas été sans épices ?

Pas de Visite d'Azzaro pour femme sans piment, de Cacharel pour homme sans une muscade, d'Opium d'Yves Saint Laurent ou d'Air du Temps de Nina Ricci sans girofle...
Parmi les thèmes épicés (des compositions dans lesquelles on part d'une épice pour l'illustrer), Poivre Samarcande d'Hermès et Safran Troublant de l'Artisan Parfumeur m'ont beaucoup marquée. Ils sont très réussis alors que le thème est difficile.

Des épices au parfum, de Brigitte Bourny-Romagné, aux éditions Aubanel, 40 €

 
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