Les bains dissolvants pour les ongles : pour ou contre ?

Article par Anne THOUMIEUX , le 28/09/2012 à 10h00 , modifié le 08/01/2015 à 11h13 0 commentaire

Ces mousses imprégnées de dissolvant dans lesquelles on plonge ses doigts pour enlever son vernis sont-elles inoffensives ? L'analyse des formules par L'Observatoire des Cosmétiques et l'explication de trois spécialistes.

Bains dissolvants, définition
 
Ils sont la coqueluche des beautistas, le nouvel incontournable des obsédées de la manucure et surtout, un nouveau geste pratique pour se débarrasse de son vernis à ongles. Avant, il fallait un disque de coton et un flacon de dissolvant. Ensuite, il fallait frotter voir finaliser en allant bien dans les coins. Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, le bain dissolvant révolutionne le marché des dissolvants. Il s'agit de flacon contenant de la mousse imbibée de dissolvant ; on y plonge le doigt et l'ongle, on tournicote le doigt, et moins de 2 secondes après, quand on le ressort, il est débarrassé de toute trace de vernis ! Magique !
Magique ? Peut-être pas. Si son efficacité repose sur l'action de trempage, elle est parfois spectaculaire grâce à des ingrédients plus coriaces. En effet, quand on regarde à la loupe leur composition, on y trouve parfois de l'acétone, un solvant super puissant que l'on a beaucoup condamné pour ses effets desséchants et irritants. Alors quand on y plonge le doigt, qu'arrive-t-il à la peau qui elle aussi trempe, quand elle n'était pas en contact avec le coton avec la bonne vieille méthode ?
 
Peau fragile s'abstenir
 
En temps normal, il peut déjà arriver que les contours de l'ongle soient secs et que l'arrachage intempestif de petites peaux mortes provoque des petites blessures. L'usage des détergents ménagers peuvent aussi accroitre la vulnérabilité de cette zone. Mais en la trempant dans du dissolvant, c'est une véritable agression qu'on lui fait subir.
« A l'inverse d'un dissolvant classique que l'on applique sur l'ongle, une matière « morte », ici on trempe le bout des doigts entier et donc la peau, un organe vivant. La pénétration (même infime) des ingrédients dans la peau peut entraîner des réactions cutanées, comme des irritations et des allergies. » explique Laurence Wittner, co-fondatrice de l'Observatoire des Cosmétiques et auteur de « Bien choisir ses cosmétiques, comment préserver sa peau et sa santé". En effet, la peau en contact avec un cosmétique peut en recevoir certains ingrédients, comme lorsque l'on applique une crème qui pénètre dans la peau. Et ce n'est d'ailleurs pas qu'un mal : en effet, les formules sont souvent enrichies d'agents émollients et d'extraits de plantes pour leurs vertus adoucissants ou protectrices.
 
Bien les utiliser
 
Comme tout produit, sa nocivité est pour beaucoup fonction de son utilisation. Entre celle qui ne va s'en servir qu'en voyage te celle qui change de vernis comme de chemise, les effets ne sont pas les même. Par ailleurs, entre celle qui fait un passage éclair pour enlever une couche de vernis clair et celle qui trempe et re-trempe son doigt pour se débarrasser de 3 couches d'une couleur vive, irisée ou pailletée (les plus dures à enlever), il y a une grande différence.
« Ces produits sont prévus pour être utilisés sur une peau "non lésée" : sans blessure coupure, gerçure ni maladie (eczéma...). Surtout, le « bain » doit être un passage et non un trempage, et le plus rapide possible : 2 secondes doivent être suffisantes car les composants du vernis, rendus solubles par le dissolvant, viennent au contact de la peau autour des ongles. » prévient Dr Marie-Pierre Hill-Sylvestre, dermatologue auteur de « La Peau, la dermatologie au service de la beauté ». Et oui, car le bain dissolvant récupérant et accumulant le vernis dissout, il se charge donc en composants chimiques au fil des utilisations...
 
Alexandra Falba, Responsable Formation Manucure OPI pointe également un inconvénient du point de vue de l'hygiène et nous donne son avis :
« Ils peuvent être très efficaces, sauf certaines teintes de vernis foncées ou très pailletées qui peuvent avoir besoin d'une action mécanique avec un coton pour être bien retirées. Leur inconvénient est l'hygiène : à ne pas prêter car les mousses ne peuvent être ni changées ni désinfectées. 
Pour ces raisons les instituts ne doivent pas les utiliser, ils sont à réserver aux particuliers. »
 
Bien le choisir
 
Le critère de base souvent retenu pour faire son choix est trop souvent l'efficacité et la rapidité d'action, alors qu'il devrait être en premier lieu l'innocuité.
« Evitez l'acétone. S'il y en a, éviter de respirer ce qui s'évapore et bien refermer le flacon. » conseille la dermatologue Dr Marie-Pierre Hill-Sylvestre. En effet si l'acétone est efficace, et sur tous type de vernis, c'est un solvant irritant tant pour les ongles et leurs contours que... pour les voies respiratoires ! Privilégiez les formules sans acétone et enrichies en agents de soin.
 
L'Analyse à l'aveugle de 3 bains dissolvants
Un expert de l'Observatoire des Cosmétiques* a analysé la composition de 3 bains phares du marché sans en connaître la marque, et nous indique pour chaque ingrédient ce qui se cache derrière son nom scientifique.
 
Bain n°1 (Nocibé): Ethyl acetate (solvant), Isopropyl alcohol (solvant), aqua (eau).
=> C'est la formule la plus basique : il n'y a que l'indispensable. Sûrement efficace, les risques d'irritations sont minimes mais elle n'apporte aucun bénéfice pour la peau.
 
Bain n°2 (Sephora): Acetone (solvant), aqua (eau), glycerin (glycérol, émollient = adoucissant et assouplissant), parfum, panthenol (vitamine B5, bon pour les ongles), tocopheryl acetate (dérivé de vitamine E, antioxydant), butylene glycol (solvant), citric acid (acide citrique, régulateur de pH), prunus persica (peach) fruit extract (extrait de pêche), nuphar luteum root extract (extrait de racine de nénuphar), sodium benzoate (conservateur), potassium sorbate (conservateur).
=> Le solvant ici est l'acétone, un des plus puissants mais un des plus irritants ! Le risque sur la peau n'est pas négligeable, et mieux vaut éviter d'inhaler ce produit. En revanche, cette formule élaborée est enrichie d'agents adoucissants de nature à contrebalancer les effets nocifs des solvants.
 
Bain n°3 (Bourjois): Ethyl acetate (solvant), isopropyl myristate (émollient = adoucissant et assouplissant), parfum, panthenol (vitamine B5, bon pour les ongles), tocopheryl acetate (dérivé de vitamine E, antioxydant), prunus amygdalus dulcis (sweet almond) oil (huile d'amande douce, émollient = adoucissant et assouplissant), hexyl cinnamal (molécule aromatique allergène provenant du parfum).
=> Cette formule assez élaborée contient une seule molécule allergène et des agents nourrissants, dont les réputées vitamines B et huile d'amande douce. Le risque d'irritation est donc faible.
 
Conclusion : la meilleure formule est la n°3 : c'est la plus équilibrée et la meilleure pour la peau et les ongles.
* www.observatoiredescosmetiques.com/       

 
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