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Shame on you : quand l'addiction sexuelle inspire le cinéma

Article par , le 06/12/2011 à 16h40 , modifié le 09/12/2011 à 17h25 0 commentaire

Erigé sex symbol avec la sortie sur les écrans de Shame, Michael Fassbender incarne un homme en pleine décadence en proie à ses pulsions.

L'affiche de Shame, dès demain dans les salles, laissait promettre des fantasmes de draps souillés. Oubliez : il s'agit de l'autopsie clinique et terrifiante d'un prédateur sexuel qui distille un sérieux malaise. Un sujet très actuel pour ce film à l'érotisme glacial, transcendé par Michael Fassbender (prix d'interprétation au Festival de Venise).
Michael Fassbender dans le film Shame de Steve McQueen

En regardant Shame, on a une impression de déjà-vu. L'impression de déjà connaître ce personnage de trader New-Yorkais doué dans les affaires rongé par des démons intérieurs. Difficile, en effet, de ne pas penser au Démon, roman phénoménal d'Hubert Selby Jr (1976) et à ce personnage de yuppie autodestructeur dans la société sclérosée du rêve américain. Des années plus tard, Michael Fassbender incarne un autre personnage noyé dans la mégapole urbaine «qui ne dort jamais», un ange déchu du genre moderne aux fantasmes et aux désirs épuisés depuis longtemps par la pornographie du web et les rapports tarifés. L'acteur était déjà la tête d'affiche de Hunger, le précédent long métrage de Steve McQueen (rien à voir avec l'acteur Hollywoodien). Obsédé par la claustration physique et mentale, le jeune cinéaste écossais tout droit venu de l'art contemporain et de la vidéo disséquait le martyr du gréviste de la faim Bobby Sands dans la prison de Maze, en Irlande du Nord, en 1981. A priori, pas grand-chose à voir avec son film suivant. Et pourtant... La liberté de baiser y est synonyme de prison intérieur et la honte renvoie à un sentiment profond (la mort du désir dans une société sous cloche). McQueen précise son intention en citant le roman «L'Immortalité», de Milan Kundera : «La honte n'a pas pour fondement une faute que nous aurions commise, mais l'humiliation que nous éprouvons à être ce que nous sommes et la sensation insupportable que cette humiliation est visible de partout.»
Dans Shame, Fassbender est mis à nu, au propre comme au figuré, et ce dès les premières images où il ne cache rien de son anatomie. Une manière frontale de présenter Brandon, une bite sur pattes, incapable de contrôler ses pulsions sexuelles, ayant réussi professionnellement, à la plastique parfaite mais souffrant secrètement du regard des autres. Afin de faire comprendre qu'il n'est que le reflet d'un environnement clinique et consumériste, McQueen fait évoluer ce personnage dans des lieux anonymes : dans le métro infesté de clochards et de femmes potentiellement nymphos, au bureau entre les salles de réunion inhospitalières et les salariés corsetés dans leurs costumes bien repassés, dans les night-clubs et les bars aux lumières artificielles où des hommes et des femmes esseulés cherchent du chaud dans le froid et, évidemment, dans son appartement aussi glacé que lui aux murs blancs et aux fenêtres qui donnent envie de se jeter dans le vide.
Aux antipodes du puritanisme, le point de vue est intéressant parce qu'il montre l'addiction sexuelle (le sexe comme une drogue) comme on ne l'a jamais vu au cinéma et ne traite pas ce sujet à la légère. McQueen passe en revue toutes les névroses contemporaines pour redéfinir l'hédonisme, le désir et la jouissance aujourd'hui (Internet, prostitution, back-room), le virus informatique «symbolisant» le virus du héros. Rayon «psy», au-delà de l'ultramoderne solitude, ce mal-être est expliqué par la présence d'une sœur suicidaire (Carey Mulligan, si fragile dans ce monde de brutes), comme si au fond cette névrose remuait une malédiction familiale unissant le frère et la sœur dans le même gouffre existentiel et la même intolérance au bonheur. Y a de la joie ? Non. Shame est une expérience douloureuse. Il faut y aller confiant, prêt à recevoir des coups qui font du bien. Comme un heureux hasard de calendrier, on retrouvera le nouveau sex-symbol Fassbender en Carl Jung dans A Dangerous Method, de David Cronenberg, grand cinéaste du sexe dans tous ses états. Beau programme en perspective.

 

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