A l'époque, je suis journaliste pour une radio d'info et je dois trouver d'urgence quelqu'un capable d'intervenir en direct à 6h le lendemain sur une question préélectorale.
On me conseille de contacter un certain Alexandre Valera* d'un institut de sondage.
A 20 heures, je laisse un message désespéré. Il rappelle, et quand je lui annonce l'horaire, il répond : " Demain, 6 heures ? Attendez, je dois consulter mon agenda... Ah, pas de chance, j'ai un avion ! "
Pas dupe, je passe un deal avec lui : " Allez, c'est pas votre heure, je vous comprends... Je vous promets de vous téléphoner demain avant 6 heures pour vous réveiller, où que vous soyez... "
" OK, mais je vous préviens, je ne mets pas mon réveil. Si vous ne me réveillez pas, tant pis pour vous ! "
" Plus de 200 mails sans savoir quoi que ce soit l'un de l'autre "
Il me plaisait déjà, son ton, sa voix. J'aimais bien le côté grotesque de son histoire d'avion.
Le lendemain à 5h 40, je l'appelle puis j'écoute la radio. Tout se passe bien, je me rendors. Au réveil, mon portable affiche " C'était gentil de m'avoir réveillé. Je vous souhaite une bonne journée. Alexandre Valera"
Mon portable peut recevoir des SMS, mais pas en envoyer. Du coup, j'appelle sa société et demande son adresse mail. Je lui écris de mon bureau :
- De rien. Dans la mesure du possible, quand je fais une promesse, j'essaie de la tenir. A bientôt. Marie Rhodes*.
- A bientôt ? C'est une menace ou une promesse ?
- C'est une menace ET une promesse !
Dans la semaine, nous avons échangé plus de 200 mails sans savoir quoi que ce soit l'un de l'autre. On s'envoyait sur des fausses pistes d'âge, de nationalité, de goût... On s'amusait beaucoup, mais sans savoir sur quel pied danser. Une seule certitude : on se plaisait beaucoup et on avait le même humour !
Pendant le week-end, il me bombarde de SMS, toujours sur le ton de la rigolade, sans drague frontale. Dimanche, je reçois un décompte : " Dans 2 heures, ça fera une semaine qu'on se connaît ", " Dans 10 minutes, ça fera une semaine... " Tout le week-end, je lui réponds à partir des portables de copines, de gens dans le bus...
N'ayant plus de portables à emprunter, je lui écris " à demain ".
Réponse : " volez un portable ou achetez-en un, sinon je me suicide à la petite cuillère ! "
Je parviens à convaincre une copine qui lui écrit de ma part : " ne vous suicidez pas. On dîne ensemble mercredi soir. "
" Laisse tomber Marie, ce mec est un aspirateur à gonzesses... "
Lundi est là. Les mails reprennent avec ferveur et je mets une grosse pression :
- Il faut au moins que vous soyez à la hauteur d'Amélie Poulain, de Elle et Lui et de Coup de foudre à Notting Hill !
- Vous ne serez pas déçue. J'ai le sourire de Ladislas de Oyos, l'humour de Jacques Ballutin et le corps de Jean-Pierre Foucault.
Je lui fais porter par coursier une belle grande photo de moi à 3 ans. Le pli arrive en plein comité de direction, et il l'ouvre devant tout le monde...
- Merci. Vous m'avez fait passer pour un pédophile !
Mercredi arrive. Le rendez-vous est fixé à 21h, chez " La Pérouse ".
Je me suis habillée flashy avec des hauts talons. Dans le resto, je demande à la dame qui m'accompagne vers le petit salon qu'il a réservé : " il est comment ? A-t-il de la barbe, une gourmette et des chaussettes blanches ? " " Rien de tout ça, il est très bien ! "
Quand je rentre dans la pièce, il est appuyé contre la cheminée, très bronzé. Je ne vois que
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| Mariage de Marie et Alexandre |
Un mois plus tard, on ne se quittait plus. Alex me disait qu'il ne se marierait jamais et n'aurait pas d'enfants. Début mai, on s'installait ensemble et 5 mois plus tard, il me demandait en mariage.
* Les noms des personnes ont étés modifiés