« Je n'ai pas eu une enfance très heureuse. Mon père est décédé lorsque j'étais toute petite et ma mère a fait ce qu'elle a pu pour nous élever, moi et ma sœur. Tout était un combat : ma mère était dépressive, l'argent manquait, l'école ne me convenait pas, je faisais des tas de bêtises pour tester mes limites. A treize ou quatorze ans déjà, je me suis jurée que je n'aurais jamais la vie de ma mère et qu'avoir une
famille n'était pas une option.
A 18 ans, je suis partie faire ma vie, tant bien que mal. J'ai trouvé un travail, quitté ma
famille et ai fait une croix sur cette existence qui ne m'épanouissait pas. J'ai changé de boulot de nombreuses fois, sans vraiment trouver ma voie. Pareil pour les hommes : je tombais généralement sur des personnes peu recommandables, qui finissaient toujours par me mettre encore plus dans le pétrin financièrement et émotionnellement. Cette situation a duré 20 ans environ, jusqu'à ce que je rencontre Patrice.
Il m'a redonné goût à la vie. J'avais 39 ans lorsque nous nous sommes rencontrés. Lui, fraîchement divorcé et père de deux enfants, moi, un peu paumée et au bout du rouleau. Il a pris soin de moi, m'a appris à aimer, à donner et à recevoir à bon escient. Nous nous sommes mariés au bout d'un an et demi, j'avais 40 ans. Nous avons débattu de faire un enfant, petit à petit il a su me convaincre. Je n'avais plus le temps d'attendre, c'était maintenant ou jamais. Le destin est sûrement passé par-là, puisque j'ai très vite été enceinte...
A 42 ans, j'ai mis au monde la plus belle des Victoire. Son prénom n'a pas été choisi au hasard... Plutôt que de me laisser fuir la
maternité et toutes les angoisses que cela faisait naître en moi, Patrice a su me reconstruire et me persuader qu'un enfant n'était qu'amour et bonheur. Aujourd'hui, ma mère n'est plus là, mais je voudrais qu'elle puisse voir ce que j'ai accompli, et qu'enfin elle sourie... »