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Sexomètre à zéro : ils témoignent

Article par MLV , le 07/06/2006 à 16h05 , modifié le 13/11/2006 à 14h17 1 commentaire

Dans "No sex last year" de David Fontaine*, plusieurs hommes et femmes racontent l'abstinence sexuelle de longue durée et la façon dont ils la vivent. En voici quelques extraits.

A 33 ans, Pierre n'a pas fait l'amour pendant une année entière consécutivement à son divorce après sept ans de mariage.

" Je me suis séparé d'un coup et je suis tombé dans l'abstinence. Pas de nana, pas de boulot, pas de fric (...) " Il s'installe dans un désert sexuel : " Dans l'abstinence, il y a des seuils que l'on franchit, des seuils de dépression. " Deux mois, puis trois, six, neuf, il en rit jaune avec des copains à l'époque. " Ca ne libère pas de la question sexuelle, ça enferme dedans. On finit par penser tout le temps à la voisine... "
Autre écueil mental : " La peur de l'éjaculation précoce renforce encore l'abstinence " Moins on le fait, plus on a peur de le refaire, de ne pas savoir bien le refaire. Un vrai cercle vicieux qui vous fait descendre aux enfers. On se retrouve alors face à la masturbation, et de rien d'autre ; mais phase suivante de la dépression, il y a des moments de baisse d'activité même dans l'autoérotisme (...) C'est fou à quel point on peut alors arriver à se désintéresser de l'activité sexuelle se souvient-il.
Puis vient le moment où on se dit : le sexe pour moi c'est terminé. Quand on en arrive là, on dit adieu à tout ! " Car, avec le désir, c'est l'envie même de vivre qui est atteinte. Ce renoncement vient plus facilement quand on a des enfants : " on se dit : l'essentiel est fait, j'ai fourni ma petite semence. Comme si la besogne était faite du point de vue biologique.
Pierre ajoute : " Beaucoup de femmes raisonnent ainsi, d'ailleurs ".


Jeanne, 42 ans est professeur de chant dans un conservatoire de banlieue. Elle est en pleine procédure de divorce. Onze ans de vie commune et trois enfants, mais cinq ans d'abstinence à partir de la naissance du dernier. 

Elle déplore le décalage entre idéal érotique et réalité sexuelle dans la société actuelle. Les magazines et la publicité ne valorisent que les beautés canon, aux courbes parfaites, qui font saliver les hommes sur les plages... " Nous les femmes normales, qui ne faisons pas du 36, on ne se reconnaît jamais dans l'image renvoyée par les médias. " Même contraste concernant la sexualité : " L'image du couple libéré n'aide pas les couples réels. Car au quotidien, il y a des moments où on n'a pas envie, où on se dit : mon mec me fait chier. "
Avec les naissances des enfants, les rapports avec son mari s'espacent. A partir de la naissance du troisième, ils n'ont plus de rapports du tout. La sexualité n'est alors qu'un aspect, certes révélateur et crucial, d'une situation devenue conflictuelle sur tous les sujets. Le lit devient une zone critique, le théâtre d'une guerre froide : " je suis couche-tôt, il est couche-tard ; on ne faisait plus que se croiser, incapables de se rencontrer, là comme ailleurs. "


Julien 33 ans, célibataire, n'a pas fait l'amour depuis un an et demi.

" Je suis dans une période où je n'envisage pas de relation uniquement pour le sexe (...)
Je souffre plus de ne pas avoir de relations amoureuses satisfaisantes que de l'absence de sexe. (...) Je ne m'habitue pas à l'absence d'un corps. Ce n'est pas l'acte sexuel seulement, la pénétration qui me fait défaut. C'est la chaleur et la douceur d'un corps, d'une voix, d'une présence, l'échange de tous les instants. "
Outre un deuil amoureux, une autre perte a rendu Julien bien plus sélectif encore dans ses rencontres féminines. Depuis la mort de son père il y a trois ans, il éprouve dans sa chair l'envie d'avoir des enfants. " Je ne regarde plus les filles que je rencontre uniquement comme des femmes, comme des amantes, mais comme des mères possibles. J'ai tendance à me projeter ainsi dans l'avenir. "
Cette projection involontaire l'agace et il s'en veut un peu car il a le sentiment que cette tendance irrépressible " l'empêche peut-être de vivre des choses. "

No sex last year de David Fontaine, Arte Editions, collection Les Petits matins, 18 €.

 
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